La presse écrite en arrache ici aussi

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Dans la presse, seules les publicités disent la vérité.
-proverbe chinois

La presse écrite en arrache…depuis un certain temps. Le virage numérique imposé par un courant à la mode encore une fois, a perturbé la vie des journalistes et des lecteurs. C’est La Presse il y sa déjà quelques années qui a imposé ce virage. Terminé le format papier, désormais on navigue sur une tablette ou sur son cell pour lire les nouvelles et les reportages des journalistes sur le terrain. Tant pis si l’ancienne génération de lecteurs de la presse ne s’y trouvent plus. Elle n’a qu’à suivre la parade et à changer de siècle.

Mais ce n’est pas si simple que ça. Les lecteurs de journaux qui tiennent au papier sont tout de même une part importante des vrais lecteurs de nouvelles qui restent. Les autres s’informent ailleurs, souvent n’importe où, à la télé, à la radio et surtout via les medias sociaux. Les journalistes qui restent ne savent plus comment faire circuler leurs nouvelles.

Il existe encore malgré tout des journaux qui publient leurs nouvelles sur format papier. Le Devoir en est un exemple qui semble marcher, réussir même. Depuis quelques années, les reportages sur des enjeux d’ailleurs et d’ici se multiplient dans ce journal. On couvre même des réalités municipales, sociales et politiques hors Montréal. La publicité semble suivre. Malgré le nombre restreint de journalistes, ce quotidien impose sa marque et surtout son professionnalisme. La même chose pour le Journal de Montréal et de Québec format papier. Évidemment, les chroniqueurs fouille-merde et potineurs y occupent une place de choix parce que le style péladien l’impose depuis toujours. Mais il y a des bons journalistes qui rapportent régulièrement des bonnes nouvelles inédites dans ce quotidien qu’on peut lire chaque matin chez Tim Horton ou son garagiste.

Ici Le Quotidien en arrache depuis que La Presse a largué les quotidiens régionaux. Ceux-ci survivent grâce à une formule coopérative qui leur permet de mettre en commun un pool de journalistes dans six régions du Québec. Mais je crois que l’absence de format papier leur fait mal. À la limite, il leur faudrait revenir à cette formule pour relancer l’entreprise journalistique. La coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) survit difficilement depuis sa fondation. Les revenus publicitaires ne sont pas au rendez-vous parce que les médias sociaux en ont récupéré la plus grande part du marché. La génération de lecteurs de journaux ne s’est pas renouvelée pour la simple raison que les nouvelles générations ne lisent pas de journaux mais se contentent de surfer sur les manchettes des médias sociaux. C’est l’une des raisons pour laquelle les politiciens fascistes comme Trump sont au pouvoir. Les slogans et les fausses nouvelles les animent. On lit les journaux pour mieux comprendre ce qui se passe dans la société, pour analyser les enjeux en cause dans l’actualité. On lit les journaux pour réfléchir avec ce que nous proposent les journalistes encore actifs. Si on ne lit pas les journaux, on se contente de piger à gauche et à droite dans l’étalage des préjugés des médias sociaux. La confusion règle entre le vrai et le faux. Les régimes politiques totalitaires s’y abreuvent. Mais c’est une autre histoire.

La Coop de l’information dont fait partie le Quotidien survit grâce à un plan de développement qui s’effrite lentement mais sûrement. De l’aide gouvernementale, des subventions, des mises à la retraite prématurées permettent de tenir le coup. Mais le retour à la rentabilité tarde à se concrétiser. En fait, la formule n’a jamais été gagnante. On accumule un déficit de fonctionnement de plusieurs millions$$.

On apprenait fin janvier (Le Devoir, 31 /1/25) que la Presse – qui a déjà largué ces journaux – pourrait absorber la CN2i. Le vent change de bord à sa guise…

Les deux partenaires éventuels sont en pourparler à ce sujet depuis quelques temps. Une firme de consultation Mallette a fait différents modèles de collaboration possible. Aucun de ces modèles n’a été retenu. La Coop de l’information se dit capable de subsister sans l’aide de La Presse au moins jusqu’en..2026, c’est demain. Elle mettre sur pied un redressement visant le retour à la rentabilité…

De son côté La Presse veut bonifier sa couverture de l’actualité des villes hors Montréal. Elle aussi j’imagine cherche de nouvelles façons d’améliorer son sort et de trouver des clients publicitaires sur tout le territoire. Elle pourrait ainsi compter sur la présence de 145 journalistes répartis dans les 6 quotidiens de la Coopérative pour couvrir les enjeux d’une grande partie des régions du Québec.

«Ce sont les membres de la Coopérative qui vont décider de l’avenir de l’organisation. Pour liquider la Coop, il faut qu’elle soit cautionnée par 75% des membres lors d’une assemblée»
a précisé la DG des Coops Geneviève Rossier.

«Les discussions confidentielles et non contraignantes se poursuivent entre les parties». En d’autres mots, autant du côté des Coops que de La Presse, la situation actuelle ne peut perdurer indéfiniment.

Si on sait lit entre les lignes, les quotidiens québécois en arrachent. Sans les subventions, sans les plans de redressement continuels, sans les restrictions budgétaires, ces entreprises survivent artificiellement. Dans le fond ce qui leur manque c’est un bassin de lecteurs et de lectrices convenable et…peut-être, avec tout ce qui implique d’humilité, le retour au format papier. Je radote mais j’y tiens. Les journaux américains et européens y retournent lentement.

Précisions

La semaine dernière, dans ma chronique sur le danger régional de la tourmente Guzzo, je me suis énervé inutilement. Les salles de cinéma de Saguenay n’appartiennent pas à la famille Guzzo qui vient de faire faillite et de mettre à pied 300 de ses employés, mais à une autre famille italienne, la famille Papalia. C’est cette famille qui possède les salles de Ciné-Entreprise à Place du Royaume et l’Apéro de Jonquière. Ces cinémas ne sont donc pas touchés par la fermeture/faillite des salles Guzzo. Je me suis trompé de famille italienne. Un lecteur attentif me l’a signalé. Le porte parole de cette famille Papalia d’ailleurs, Raffaele, nous a promis en janvier 2017 la construction d’un nouveau cinéma de 10 écrans de 24 mètres à Chicoutimi. On les attend toujours. Les salles de la région appartiennent encore et toujours à des entrepreneurs de l’extérieur, depuis la nuit des temps. Rien ne change sous le soleil des Bleuets.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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