Le Canada, un état américain?

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Nous devons penser de toute façon, alors pourquoi ne pas penser grand.
– Trump

Il y a des gens, beaucoup de Canadiens et sans doute aussi beaucoup de Québécois qui pensent que le Canada et le Québec devraient être annexés aux États-Unis. On serait le 51E état de ce pays construit avec des migrants en bonne partie quoiqu’en disent les fervents disciples du président raciste. Ils pensent que l’idée relancée par lui (qui dit n’importe quoi pour se montrer maître de la situation et fin connaisseur de la politique internationale) n’a rien d’une boutade dans sa bouche.

Que ce projet peut tenir la route. Ils sont prêts à payer le prix pour passer pour des américains et appartenir au pays qui gère le sort de la plupart des autres avec son fric qu’il distribue un peu partout quand c’est le temps d’intervenir pour sauver son influence, ses entreprises à l’étranger et ses ressortissants piégés encore une fois dans leur ambassade.

Essayons d’imaginer un Canada et un Québec américains. Essayons. Soyons réalistes et cyniques puisque l’actualité nous le commande. Prenons ça au sérieux 2 pages.

Je pense qu’on n’aura pas le choix. La langue française est carrément foutue. Les maniaques des Etats-Unis vont se mettre à parler anglais américain pour faire comme les autres, les patriotes déjà en place. Au Québec, la loi 101 va prendre une méchante débarque. Ceux et celles qui continueront de parler français ici ou ailleurs au pays, seront regardés de travers. Sous Trump, sans doute menacés d’expulsion du territoire ou carrément emprisonnés pour terrorisme culturelle et dénie de la patrie – mère. C’est la première chose qu’on va perdre si on devient américain : la langue française et québécoise qui nous distingue ici en Amérique. Les amérindiens ont perdu leur langue, nous aussi on va passer par là, l’assimilation culturelle du grand pot usa. On ne pourra plus même s’engueuler en joual avec nos sacres et blasphèmes d’église si «charmants» pour les touristes. Calvaire.

Le français deviendra un hochet folklorique qu’on ressortira à la Saint-Jean Batiste comme à Lowell au Massachussetts, la ville de Jack Kerouac et des Canadiens français exilés. Plus de 900 000 répandus en Nouvelle Angleterre au XIXe siècle, entre autres lors de la dépression de 1930. Une fois par année, on parlera notre ancienne langue pour se donner du courage et oublier qu’on s’est encore fait avoir par cette idée de grandeur qui mène ce pays voisin et son président qui voudrait tout annexer pour se sentir lui-même plus quelqu’un.

À part la langue, si on devient américain, il y a toutes les chances du monde qu’on devienne certains d’entre nous millionnaires. Pourquoi? Parce que dans ce pays c’est la norme de réussir si on devient riche à craquer. Et pour le devenir, on devra faire comme les autres millionnaires, saigner les moins riches, les travailleurs qui se morfondent à l’ouvrage pour des salaires de famine. Les mcdos vont pousser comme du chienlit encore plus. Les amazones partout au coin des rues. Plein de petites entreprises qui vont donner des emplois pénibles à des américains d’ici qui n’auront pas le choix de les remplir pour sortir la tête de l’eau.

Parce qu’ils n’auront pas le choix. Le niveau de vie va augmenter pour créer plus de millionnaires et le secteur privé va prendre toute la place au détriment du secteur public. Les services encadrés par l’État fédéral seront réduits à zéro. En particulier l’enseignement et la santé deviendront pratiquement inaccessibles pour le commun des mortels. Faudra payer une fortune pour atteindre les niveaux supérieurs de l’enseignement et l’hospitalisation coûtera un bras et la moitié de l’autre. Les moins fortunés tomberont comme des mouches parce que la médecine privée, les compagnies pharmaceutiques et les géants des assurances occuperont désormais tout ce terrain.

Avec le nouveau secrétaire de la Santé et des Services sociaux, Robert F. Kennedy, Junior, réputé climato sceptique et anti vaccins, ça promet de ce côté-là. Les malades américains vont devoir rester en bonne santé.  C’est à dire nous-mêmes. Les urgences vont se fermer doucement. On n’attendra pu, on mourra sans le dire à personne, surtout pas à son médecin de famille retraité au privé.

Les loups solitaires qui pètent les plombs et se font justice eux-mêmes devant la poussée des compagnies privées de santé aux tarifs démentiels vont sans doute se multiplier.

Pour s’éduquer, pour se faire soigner, pour affronter les inconvénients de la vie, il faudra désormais faire comme les américains, être né sous une bonne étoile et compter sur un patrimoine que peu de citoyens canadiens et québécois possèdent. Les Etats-Unis de Trump ne prévoient pas de sortir les moins nantis de la misère. S’il le dit c’est qu’il dit n’importe quoi et le contraire à tout bout de champ. Il n’y a pas beaucoup d’amis itinérants autour de lui ou de syndicalistes convaincus.

Autre inconvénient majeur : vos amis et parents qui vivent ailleurs sur la planète pourront difficilement vous rejoindre. Ils devront y mettre le prix. S’ils habitent en Amérique latine, ce sera encore plus difficile de les faire venir. Tout simplement parce que les amis de Trump qui contrôlent l’immigration dans ce pays réactionnaire considèrent que les migrants latinos sont la plupart si non l’ensemble des trafiquants de drogue et des membres de la pègre locale. Certains même d’entre eux des violeurs et des assassins de grand chemin. Et ceux dans beaucoup d’autres pays la plupart des terroristes. Donc, ce nouveau pays englobant son voisin du nord sera coupé en grande partie du reste du monde pour des raisons sécuritaires mais surtout économiques. Pour y faire des affaires, pour y transiger des traités et des accords commerciaux faudra se lever de bonne heure et ne pas compter sur des compromis raisonnables. Ces Etats-Unis imaginés par Trump et ses amis ne feront pas de cadeaux à personne. Sa nouvelle philosophie commerciale sera basée sur un élément clé : le chantage et son corollaire, la menace.

Et au sujet de la lutte contre les changements climatiques maintenant? Une belle gang de climato sceptiques entoure et soutient le président T. malgré le fait que lui-même n’a pas de vélo, seulement une voiturette à gaz pour golfeurs. Les pétrolières canadiennes vont connaître une relance inespérée et se multiplier partout sans craindre de se cogner le nez à ces pelleteux de nuages qui ne roulent qu’à vélo.

La dernière nouvelle plus ou moins difficile à vérifier c’est le manque d’eau du fleuve Colorado au Nevada qui abreuve une bonne partie des USA et les casinos de Las Vegas. Si ce cours d’eau s’assèche (entre autres parce que 50% de sa réserve est engloutie par les agriculteurs qui ont besoin de nourrir les bœufs , indispensables à la base alimentaire américaine : les hamburgers) on pourrait décider de détourner les Grands Lacs canadiens (cfr Le Devoir, 30 déc.24). Trump considère déjà qu’on lui appartient …Why not? Sky is the limite, que dis-je, Big Lakes are not limite. Tant qu’à se rendre utile pour que les USA grandissent et deviennent plus grands que nature, on va les abreuver, on va leur donner ce qu’ils risquent que de perdre. Ils vont nous trouver alors utiles à quelque chose et peut-être nous accepter comme presque l’un des leurs. On n’est pas sorti de l’Eau coloré.

Vous y croyez vous que les USA vont tout faire pour nous absorber? Sans farce, sans fake news? Moi personnellement je suis sceptique. Mais, ne prenons pas de risques. Ils devront se réveiller un jour. Nous aussi d’ailleurs. C’est une chance encore unique de brasser les cartes politiques canadiennes et encore plus québécoises. C’est un pays malade ces USA à l’extrême dont les citoyens en profitent le jours l’An pour se faucher entre eux avec des pick up blancs dans une rue festive de la Nouvel Orléans pour fêter la nouvelle année. Tiens un autre terroriste de l’intérieur né aux États-Unis, un pur laine usa pourtant, radicalisé sur le tard. Trump croyait que c’était un terroriste étranger. À chaque jour, un américain armé jusqu’aux dents décide de tirer sur tout ce qui bouge autour de lui pour vérifier si ses armes le protègent. Souvent ce sont des anciens soldats qui ne sont jamais encore sortis de leur séjour militaire.

D’autres, des flos ados pompés aux jeux vidéos, aux médias sociaux,, des névrosés, dépressifs pas soignés ou suivis, et souvent des gents gentils, ordinaires disent les voisins qui décident de passer à l’acte. Il y a quelque chose de pourri et de maladif dans ce pays qui est loin d’être le nôtre à moins d’avis contraire.

On va être obligé de s’armer pour faire comme eux et se descendre entre nous pour faire honneur au 2e amendement de la Constitution qui affirme «le droit du peuple à détenir et à porter des armes».

Moi c’est décidé, je gagne la clandestinité. Seul mon facteur va savoir où je reste pour venir me porter mes lettres, les livres de la librairie City Lights de San Francisco et mon New Yorker à chaque semaine. Voilà.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge, adresse inconnue


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