Trump, une fois de plus

Chronique de Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

L’autorité d’un dictateur vient du consentement du peuple qui lui obéit.
– Srdja Popovic, Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes, petite bibliothèque Payot, essais, 2017

La politique est un roman, un récit qui dure à la condition d’en personnaliser les acteurs.
– Roland Barthes, Structures du fait divers, 1964

Moi aussi j’en ai soupé d’entendre parler de Trump. Je n’ai rarement détesté un homme public comme celui-là. J’entends, au niveau international. Il est constamment dans notre soupe depuis des années. C’est pas nous, c’est lui qui crache dedans pour en faire plus.

C’est plein de poils blonds greffés dans la mienne… Le cœur me lève. Je m’égare…

Les médias et les réseaux sociaux en redemandent encore et encore. C’est facile pour eux, de la vraie gomme à mâcher toute seule. Il ne se passe pas une journée sans la manchette sur lui. Il est incontournable. Ses niaiseries, ses propos déplacés, ses délires de mégalomane se succèdent à un rythme démentiel. S’il n’était pas ce qu’il est, il serait placé depuis longtemps dans une clinique de retardés mentaux au stade terminal. Mais non, plutôt que de le considérer comme personnage public indésirable et toxique pour le reste du monde, on lui donne carte blanche, on lui ouvre toutes les portes encore une fois.

Il peut tout dire, il peut tout faire. On vient de l’élire une seconde fois président des Etats-Unis, ou plutôt des États-Désunis. La moitié des américains veulent le revoir comme leur président. Lui-même parle même de se représenter dans quatre ans malgré la loi qui limite la fonction à deux mandats. J’ai hâte de voir ce qu’il va faire dans quatre ans. Sans doute la même chose qu’il a fait pour se faire réélire, faire peur au monde en exerçant ce fameux chantage de provoquer le chaos suprême si on ne le laisse pas faire ce qu’il a envie de faire.
Ce gars-là, c’est un agité du bocal comme dirait Céline.

Et à son sujet il y a des choses et des justifications de sa réélection qui m’intriguent profondément.

La première c’est qu’on accuse son adversaire démocrate (Kamala Harris) de ne pas avoir su parler au peuple, au monde ouvrier, aux gens ordinaires qui n’en finissent plus de s’endetter pour vivre.

Donc, si je comprends bien l’argument, Trump serait beaucoup plus près du vrai monde qui ne s’intéresse pas à la politique parce qu’il crève de faim et n’arrive plus à rejoindre les deux bouts. Tout ça parce qu’il fait des jokes de cul dans ses discours à sens unique, qu’il reste toujours aussi macho dans ses remarques sur son adversaire et qu’il mange chez McDo comme le peuple. Tout ça pour ça. Je ne comprends pas.

Le monde ordinaire américain qui pense que Trump se préoccupe du sort des gens ordinaires qui ne sont pas millionnaires comme lui me semble pas mal à côté de la track. Si Trump se préoccupe des gens ordinaires et qu’il veut se faire élire pour leur aider, c’est un puisant menteur. Les gens ordinaires pour lui il leur parle parce qu’il les manipule comme de la pâte à modeler. Il fait semblant de s’apitoyer sur leur sort, il les niaise comme pas un. Il veut juste devenir une autre fois président des États-Unis pour refaire un trip de mégalomane et servir avant tout ses intérêts personnels et ceux de ses amis s’il en a l’occasion. Il se prend vraiment pour un autre. Je n’ai jamais vu un maniaque du pouvoir comme lui. Ceux et celles qui l’entourent veulent juste protéger leur job et leur acquis et ne rien déranger autour d’eux. Les politiciens américains sont plutôt conservateurs. Ils pensent à leur pension de vieillesse et leurs placements en bourses.

Ce n’est pas payant d’être sénateur, député, responsable d’un ministère ou d’un organisme gouvernemental aux Etats-Unis. En gros c’est 200, 000$ par an plus les frais de service. Les délégués et les politiciens ne vont pas se faire élire au gouvernement américain ou dans leur état pour s’enrichir. La plupart sont déjà riches. Les pauvres ne se présentent pas en politique aux États-Unis pour le salaire comme certains politiciens d’ici par exemple. Ils se présentent pour le pouvoir. Le fric vient après encore plus ou pendant qu’ils tissent d’autres liens d’affaire. Aux Etats-Unis, la politique est une rampe de lancement pour plus tard.

Trump veut se faire élire pour soigner ses contacts et ses affaires qui vont plutôt mal depuis qu’il n’est plus président. En fait, il s’est représenté à la présidence pour sauver sa peau et ses fausses entreprises. Aussi pour obtenir l’immunité présidentielle qui va effacer toutes ses poursuites. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se produire. En fait, aux États Unis, un bandit élu président devient automatiquement citoyen modèle…

Il ne se présente pas à la présidence pour sauver les faillites des pauvres américains mal pris avec la vie chère. Il s’en balance royalement. Si les américains ont voté pour Trump parce qu’ils croient qu’il est plus prêt du peuple et qu’il sait les écouter et leur parler, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’aux orteils.

Autre chose, Trump est le seul qui peut sortir l’économie américaine de son marasme actuel. Un autre doigt dans l’œil.

C’est un millionnaire pourri de dettes, ses avoirs ont été entretenus entre autres par des détournements de fonds, des retards volontaires d’impôts, des fraudes de tout genre imaginées par une batterie d’avocats qu’ils payent aller savoir comment. C’est vrai qu’en contrepartie il vient d’en nommer certains aux ministère de la Justice pour veiller à ses intérêts comme d’ailleurs la plupart de ses amis – dont Elon Musk, un millionnaire mégalomane compulsif comme lui qui semble avoir été chargé de licencier les fonctionnaires qui ne partagent pas la vision patriotique de Trump et d’en profiter pour privatiser tous les services publics américains. Méchante belle mission pour l’homme le plus riche du globe qui se prend pour le nombril du monde.

Encore là, Trump va profiter de ces quatre prochaines années à la Maison blanche pour modifier les lois et les règlement en faveur de ses amis riches et célèbres avec évidemment la complicité de ces Républicains qui sont restés fidèles envers et contre tout.

La plupart de ses fidèles alliés sont des climato sceptiques, des religieux convaincus que les femmes doivent rester au foyer pour élever les enfants en leur faisant apprendre la bible de Trump par cœur pendant que leur papa parfois s’échappe et se retrouve dans un party de gars avec des prostituées plus ou moins mineures…

Mais on leur pardonne, ces gens-là peinent dure pour faire avancer le pays.

Je connais des américains qui détestent Trump. Des américains qui se demandent qu’est devenu ce pays gouverné par un agité du bocal.

On a constaté que beaucoup de femmes avaient voté pour Trump, que beaucoup de jeunes latinos de 30-45 ans aussi croyaient à ce qu’il disait sur le danger de faire trop de place aux féministes, aux trans, aux artistes qui ne croient pas au capitalisme et au pouvoir du fric.

C’est un pays divisé en deux, découpé au couteau, pour ne pas dire à la scie mécanique.

Je rêve d’une époque où on ne parlera plus de Trump. Une époque où on ne souviendra plus de ces discours décousus et pleins de fiel. De ces cravates rouges beurrées de sauce spag et de ses casquettes de la même couleur que les gouttes de sang qui coulaient lentement de son oreille droite le fameux soir de son assassinat raté le 13 juillet 2024. C’est ce soir-là qu’il a remporté les élections en passant pour un soldat au combat, lui qui se moque des anciens combattants. Un martyr pour la démocratie. Le malentendu suprême encore une fois. Il est tout de même usé le beau Donald et quatre ans avec autant de mensonges sur l’estomac, c’est stressant. Souhaitons lui des remords et le chaos qui l’emportera malgré lui.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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