Le centre-ville de l’arrondissement de Chicoutimi : un déclin qui s’accélère?

Par Suzanne Tremblay, professeure retraitée en développement régional et en sociologie (GRIR/UQAC)

Le déclin et la dévitalisation du centre-ville de Chicoutimi sont une réalité qui s’impose depuis plus d’une cinquantaine d’années. Cette dévitalisation s’est concrétisée notamment par la baisse démographique au centre-ville de Chicoutimi, le vieillissement et l’appauvrissement de la population et par la fermeture des commerces et des services de proximité. Les données compilées dans différentes études sur le centre-ville (Tremblay, 2004, 2024, Bouchard, 1973) au cours de ces décennies montrent que le quartier du centre-ville est passé d’un quartier ouvrier et populaire à un quartier marqué par la pauvreté, et ce depuis les années 1970 (Tremblay, 2024, 2004, Bouchard, 1973). À cela, il faut ajouter les fermetures des services de proximité (écoles, épiceries, églises, commerces, etc.) qui ont eu lieu depuis toutes ces années. Cependant, depuis la pandémie de 2020, on semble assister à une accélération du déclin des services de proximité au centre-ville. Nous allons examiner les différentes phases de ce déclin ainsi que les dernières manifestations de celui-ci depuis la pandémie de 2020.

Une dévitalisation qui dure depuis les années 1970

En effet, les fermetures d’écoles, d’épiceries, de commerces, de services et de magasins à grande surface se sont multipliées depuis les années 1970. (Tremblay, 2004). Parallèlement à ces fermetures, plusieurs études et opérations de revitalisation ont été réalisées par la ville de Chicoutimi et par son service d’urbanisme. Malgré cela, celles-ci n’ont pas réussi à infléchir le cours de la dévitalisation qui s’accélère encore au centre-ville de Chicoutimi (Tremblay, 2024).

Un déclin accéléré depuis la pandémie de 2020

Depuis la pandémie de coronavirus de 2020, laquelle a entraîné un ralentissement de l’activité commerciale au centre-ville de Chicoutimi et à Saguenay dans son ensemble, la reprise de l’activité commerciale semble avoir du mal à retrouver le même niveau d’avant celle-ci. En effet, les fermetures de commerces se multiplient depuis les cinq dernières années. Au nombre de celles-ci, on peut dénombrer les commerces suivants : les restaurants Témaki, la Tour à bière, L’Gros Lux, la pharmacie Jean Coutu (Boudreault-Gauthier, 2023, 2024) et la succursale de la SAQ en 2025 (Labrie, 2025) sans compter des commerces de vêtements et de chaussures à l’intérieur du Carrefour Racine qui ont fermé leurs portes aussi en 2025. Il faut mentionner aussi les institutions bancaires comme la Banque Royale et la Banque Nationale (Brisson, 2025) qui ont fermé leurs succursales sur la rue Racine en 2024-2025. La liste de ces fermetures n’est pas exhaustive, mais elle montre bien le déclin accéléré de la présence des commerces et des services au centre urbain de Chicoutimi.

La dernière institution qui a annoncé son départ du centre-ville est la caisse populaire de Chicoutimi, et ce pour 2027 (Lapointe, 2026). La caisse populaire de Chicoutimi a une succursale sur la rue Racine depuis les années 1930 (Gagnon, 2008) et elle occupe le bâtiment actuel depuis 1956 (Gagnon, 2008), soit depuis 70 ans. Faut-il rappeler que c’est la troisième succursale d’une caisse populaire qui ferme ses portes sur la rue Racine, après celles de la caisse Saint-François-Xavier et de la caisse d’économie des employés de l’hôpital. La seule institution financière qui demeurera au centre-ville est celle de la banque Toronto-Dominion, ce qui est un peu paradoxal! Ce qui est marquant dans ces fermetures de commerces et d’institutions financières, c’est que plusieurs de ceux-ci représentent de grandes bannières comme Jean Coutu, la Banque Nationale, etc. qui avaient pignon sur rue dans le centre-ville depuis plusieurs décennies et qui délaissent le centre urbain de l’arrondissement de Chicoutimi au profit du boulevard Talbot.

Bien sûr, les fluctuations de l’activité commerciale au centre-ville ne sont pas nouvelles et l’on peut affirmer qu’elles sont liées aux changements et aux restructurations économiques et sociales qui ont lieu à Saguenay et dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cependant, la fermeture de la Caisse populaire de Chicoutimi a vraiment une valeur de symbole car les caisses populaires ont un rôle à jouer dans le développement local. Alors, avec des caisses populaires qui ferment dans plusieurs villages du Saguenay-Lac-Saint-Jean (Tremblay, 2025, Tremblay et al., 2024) et du Québec et même dans le centre urbain de la Métropole du nord comme la nomme le maire Luc Boivin, on est bien loin d’agir pour le maintien de la vitalité du développement local.

Une lueur d’espoir pour le centre-ville ?

Comme mentionné précédemment, la dévitalisation du centre urbain se poursuit depuis plus de cinquante ans et la question qui se pose est de savoir s’il existe vraiment une lueur d’espoir pour le centre-ville de Chicoutimi. Le maire Boivin a annoncé un électrochoc (Labrie, 2026) à venir pour le centre-ville à l’automne prochain avec notamment des investissements sur la zone ferroviaire. Cependant, ce genre d’annonce peu concrète laisse plusieurs citoyens et citoyennes sceptiques surtout si l’on prend en compte que les projets de l’ancienne administration municipale pour la zone ferroviaire n’ont rien donné de tangible si ce n’est la production de plusieurs autres études et des consultations sur la revitalisation du secteur.

Malgré cela, nous pouvons envisager une véritable lueur d’espoir dans les deux habitations à logements qui sont en construction au centre-ville. L’une de celles-ci est faite par un promoteur privé sur le site de l’ancienne maison de chambres sur la rue Price (Laverdière, 2026) et il s’agit de logements à prix abordable (au nombre de 12) et non de logements sociaux. L’autre construction en cours est celle du Groupe Coderr et le bâtiment est érigé au coin des rues Jacques-Cartier et Tessier en arrière du CLSC de Chicoutimi qui vient d’aménager dans ce secteur. Les logements construits (au nombre de 79) par le groupe Coderr comprennent des logements abordables et des logements sociaux (Labrie, 2025). Ces deux constructions représentent de véritables lueurs d’espoir pour la revitalisation du centre-ville, non seulement parce qu’il y a très longtemps qu’il n’y a pas eu de construction de logements de ce type au centre urbain, mais aussi parce que cela va permettre d’augmenter la population du centre-ville et peut-être même d’amener une certaine mixité sociale sur ce territoire et non un embourgeoisement nous le souhaitons.

En effet, la revitalisation du centre urbain de Chicoutimi doit passer non seulement par des investissements dans le centre-ville, mais aussi et surtout par une augmentation de la population sur ce territoire pour en faire un véritable milieu de vie. Elle doit passer aussi par une mobilisation des citoyens.nes et des organismes situés au centre-ville afin qu’ils aient leur mot à dire à propos de cette revitalisation. La nouvelle conseillère du district, Cathy Fortin, avait entrepris de participer à une mobilisation à propos de la zone ferroviaire avant les élections municipales de 2025 (Fortin et al., 2022). Il serait intéressant de reprendre cette mobilisation des citoyen.nes au sujet de la revitalisation du centre urbain Chicoutimi avec des actions rassembleuses un peu à l’image de celles organisées au centre-ville de Chicoutimi-Nord. En effet, la revitalisation doit passer obligatoirement par la participation citoyenne afin de mettre en œuvre une véritable opération populaire de redynamisation urbaine qui prend en compte non seulement les investissements économiques, mais aussi les investissements dans les domaines social, environnemental et culturel. Il s’agit là de conditions incontournables en vue de passer d’une dévitalisation de longue durée à une véritable revitalisation urbaine intégrée. (Tremblay, 2024).

Références

Bouchard, L.M. (1973) Les villes du Saguenay. Étude géographique. Leméac, 212 p.

Boudreault-Gauthier, J. (2024, 22 août) La pharmacie Jean Coutu sur la rue Racine à Chicoutimi fermera ses portes le 17 octobre. Radio-Canada. Repéré à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2098975/pjc-commerce-proximite-entreprise-centre-ville

Boudreault-Gauthier, J. (2023, 25 juillet) Le restaurant L’Gros Luxe de Chicoutimi ferme ses portes. Radio-Canada. Repéré à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1998935/faillite-rue-racine-restaurant

Brisson, A.C. (2025, 10 avril) La Banque Nationale quitte la rue Racine à Chicoutimi. Radio-Canada. Repéré à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2155470/banque-depart-racine.

Fortin, C., Julien, M., Tremblay, P., Bouchard, A., Simard, C., Côté, C., & plusieurs citoyens déçus. (2022, 4 août). La consultation citoyenne une illusion ? Le Quotidien. Repéré à https://www.lequotidien.com/2022/08/04/la-consultation-citoyenne-une-illusion-7724f746be282c7115b4638b528dfl4d/

Gagnon, J. (2008) Ensemble la caisse populaire Desjardins de Chicoutimi, d’hier à aujourd’hui. Chicoutimi : Caisse populaire Desjardins de Chicoutimi, 336 p.

Labrie, C. (2025, 10 avril) La Banque Nationale quittera la rue Racine en août. Le Quotidien. Repéré à https://www.lequotidien.com/actualites/actualites-locales/2025/04/10/la-banque-nationale-quittera-la-rue-racine-en-aout-C6YXHZKHMZC4VE6VTZ2B4PQMFI/

Labrie, C. (2025, 8 juillet). Coderr construira 79 logements au centre-ville de Chicoutimi. Le Quotidien. Repéré à https://www.lequotidien.com/actualites/actualites-locales/2025/07/08/coderr-construira-69-logements-au-centre-ville-de-chicoutimi-JCHPM54GRFBKPBBKOHJ2CH6LYA/

Labrie, C. (2026, 23 avril). Le maire Luc Boivin promet un électrochoc au centre-ville de Chicoutimi. Le Quotidien. Repéré à https://www.lequotidien.com/actualites/actualites-locales/2026/04/23/le-maire-luc-boivin-promet-un-electrochoc-au-centre-ville-de-chicoutimi-Z5Q6PLN6EJGRNDNQP5GXZSRN7A/

Lapointe, É. (2026, 8 avril) La succursale Desjardins sur la rue Racine à Chicoutimi fermera en 2027. Radio-Canada. Repéré à https://ici.radio- canada.ca/nouvelle/2244724/banque-centre-ville-services-talbot

Laverdière, G. (2026, 10 avril) Un nouveau bâtiment remplacera bientôt le tristement célèbre 21 rue Price. Radio-Canada. Repéré à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2245266/construction-loyers-centre-ville-promoteur-immobilier

Tremblay, S. (2004). À la recherche d’un autre développement ? La dévitalisation urbaine et la revitalisation communautaire au centre urbain de Chicoutimi de 1960 à nos jours. Chicoutimi, UQAC-UQAR, Thèse de doctorat. 543 p.

Tremblay, S., Larouche, C., Lagadec, D. (2024) L’accessibilité des services de proximité et des services sociaux et de santé dans la MRC du Fjord-du-Saguenay. Chicoutimi : GRIR/UQAC, 147 p.

Tremblay, S. (2024) La revitalisation intégrée et la densification urbaine : au centre-ville de Chicoutimi : densifier oui, mais densifier autrement! Dans Le Québec face aux défis de la transition socioécologique : repenser nos territoires urbains et ruraux. Chicoutimi : GRIR/UQAC, p. 47-62.

Tremblay, S. (2025) Le maintien des services de proximité dans la MRC du Fjord-du-Saguenay, un instrument pour le développement social et territorial. Revue Organisations et Territoires, Vol. 34, no. 2, p. 137-153


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