Coalition Fjord: la lutte continue

Texte d’opinion de Monsieur Julien Lemay-Roche, de Chicoutimi

Il y a un peu plus d’un an, on m’annonçait en privé la fin de la Coalition Fjord (CF). Le coordonnateur et porte-parole de l’époque, Adrien Guibert-Barthez, m’affirmait en toute sincérité que l’organisation serait probablement dissoute une fois son objectif accompli. Cette nouvelle renforçait un témoignage que je n’osais jusque-là accepter, à cela que la Coalition Fjord avait été élaborée pour n’exister que temporairement, sur le même modèle que le mouvement coule pas chez nous qui avait cessé ses activités après que sa besogne soit conclue. Dans la même période, Le grand dialogue régional pour la transition socio-écologique s’annonçait en grande pompe, avec comme membres fondateurs quelques militants.es écologiques, certains.es de la Coalition Fjord qui se voyaient déjà repartir à zéro. Grosso modo, une organisation de plus pour discuter de l’avenir entre écologistes sensibilisés. Beaucoup ont perçu ce dialogue comme une opportunité d’aller plus loin, moi j’y vois un recul flagrant; un «remake» de Faut qu’on se parle qui n’ira pas plus loin que des conférences, ou au mieux des manifestations comme on en voit toujours. Mais je ne suis pas ici pour faire le procès d’une énième organisation écologiste. Le fait est que la Coalition Fjord a un potentiel qu’on ne peut laisser mourir. »

Si les marchés internationaux ont effectivement donné le coup de grâce à GNL, il n’existe aucune institution ou organisation politique aujourd’hui qui ne connaisse pas la Coalition Fjord. L’excellent travail médiatique, de réseautage, d’organisation, et tout ce qui aura contribué à la croissance incontestable de l’influence de la CF nous a mené à un point tel qu’il serait criminel de passer à autre chose. À sa fondation en 2018, la CF s’est mobilisée comme un véritable mouvement citoyen. Quelques centaines de personnes, issues de différents milieux et expériences, s’étaient présentées au lancement avec la ferme motivation de s’impliquer pour le bien de notre région. Rapidement, les projets industriels qui s’étaient alors annoncés firent l’objet de débats hautement polarisants. Ces débats, en dehors de leur effet bénéfique pour la cause environnementale, ont révélé un aspect ô combien pertinent de la réalité sociale du Saguenay-Lac-St-Jean. Surtout, ils auront révélé l’influence incontestable de la Coalition Fjord dans notre univers politique.

Tout le monde se rappelle de l’argument principal utilisé par les firmes de relations publiques responsables de la promotion du projet GNL, mais je me permettrai tout de même d’en paraphraser les grandes lignes: ‘’ce projet sera bon pour l’économie de la région puisqu’il apportera de nouveaux emplois payants’’. La nature de cet argument ne vous échappe probablement pas pour deux grandes raisons. Premièrement, il est utilisé par toutes les organisations de droite pour promouvoir le grand capital ou discréditer les projets de société qui ne s’incarnent pas dans leurs intérêts économiques. Deuxièmement, parce qu’il se fonde sur un sentiment d’insécurité et de détresse socio-économique partagé à travers les régions qui ont souffert de la désindustrialisation néolibérale. En d’autres termes, les promoteurs de GNL se nourrissent du traumatisme de l’usine de La Baie, de l’inquiétude face à la compétition internationale qui menace les entreprises d’ici, bref, ils jouent avec la vulnérabilité des travailleurs.euses. À ce titre, on ne peut accuser les personnes favorables à GNL, particulièrement parmi la population ouvrière, de ne pas réfléchir à l’avenir. Elles sont en bonne position pour savoir que l’avenir n’a pas de place pour les industries polluantes. Et pour tous ces employés qui seront soudainement au chômage avec, comme seules qualifications, des décennies d’expérience dans des entreprises polluantes, que leur restera-t-il?

La victoire sur GNL maintenant annoncée, c’est à la Coalition Fjord de répondre à cette question. La Coalition Fjord a été créée afin de bloquer les projets industriels qui menacent l’intégrité du fjord du Saguenay. En effectuant cette lourde tâche, elle s’est transformée en quelque chose de beaucoup plus vaste. Elle s’est creusée une place de choix dans l’échiquier politique: non partisane, indépendante financièrement, un fort réseau d’alliances et de contacts, une expérience démontrée, et surtout, une image respectable. Contrairement à certaines organisations comme le mystérieux collectif des abysses et leur coup d’éclat fécal chez Promotion Saguenay, ou bien alors le jeune OMPEU , la CF est prise avec sérieux et représente une réelle menace au statu quo. L’acharnement des institutions économiques et des médias est une preuve indubitable du rôle antagoniste de la CF envers les intérêts du patronat saguenéen. En élaborant son argumentaire contre GNL, la CF a en outre posé les premières pierres pour les fondations de sa renaissance. Devant les accusations de sabotage que les Pierre Charbonneau de ce monde lui lançaient, la CF a ouvert ses horizons en élaborant un plan alternatif qui puisse inclure les populations ouvrières. Bien que ça se limitait à de vagues élaborations telles que des projets de centrales de biomasse, on percevait déjà une volonté de convaincre la majorité qu’il y avait mieux à faire pour l’économie. Bref, on commençait à entretenir un projet qui aille plus loin que GNL, un projet à la hauteur de nos ambitions militantes.

La Coalition Fjord peut devenir plus qu’un mouvement de réaction, elle peut instiguer un changement d’ampleur. Tout ce qu’il lui faut, c’est adopter une posture idéologique qui soit critique du système capitaliste avec une attention particulière pour les populations salariées. Il faut adopter des positions qui soient alléchantes pour les travailleurs.euses et favorables pour l’environnement. Il faut profiter de cette victoire et surfer sur l’influence de la Coalition Fjord pour aller plus loin. La lutte contre GNL est terminée, mais celle pour l’avenir de l’humanité ne fait que commencer.

 


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