Galerie L’Oeuvre de l’autre

Alexia Laferté Coutu | Nathalie Saint-Gelais | Du 1ier octobre au 20 novembre 2025

Galerie L’Oeuvre de l’autre
Pavillon des arts de l’UQAC
555, boulevard de l’Université (Chicoutimi)

Exposition
1oct au 20 novembre | Vernissage le 1oct. à 17h
Alexia Laferté Coutu | Hydrothérapie

Sanatorium de Roberval, c.1937 (III), 2024, verre coulé, cuivre, sable, 53,7 x 53 x 3,8 cm. Crédits photographiques: Paul Litherland

Cette série est issue d’empreintes d’argile et de cuivre prélevées sur l’ancien Sanatorium de l’Hôtel-Dieu Saint-Michel de Roberval, au Lac-Saint-Jean. Découpés puis transportés à l’atelier, les fragments ont été enrobés de plâtre pour former des moules, pressés ensuite dans le sable humide. Du verre en fusion y a été coulé, capturant les reliefs du lieu et s’incrustant de dépôts minéraux. Présentées dans l’espace d’exposition, les pièces de verre offrent une vision trouble du site historique: alignées à hauteur du regard et traversées par la lumière, elles révèlent dans l’épaisseur de leur matière les aspérités et résidus cristallisés.

Construit en 1937–1938, le sanatorium de Roberval s’inscrivait dans un réseau d’institutions érigées au Québec pour contrer l’épidémie de tuberculose. Il incarnait une utopie médicale où l’air, la lumière et l’eau étaient considérés comme des agents thérapeutiques essentiels. On y pratiquait la cure hygiéno-diététique : repos, exercice et alimentation,dans un environnement où la circulation des fluides était contrôlée pour fortifier le corps malade.

À la même époque, la société « L’Eau naturelle purgative de Chambord Ltée » commercialisait l’Eau Ternal, une eau saline, amère et fortement minéralisée. L’Hôtel-Dieu de Roberval en devint un client majeur, l’intégrant à son régime de soins contre les troubles digestifs, les rhumatismes et la laryngite, ainsi que pour des usages cutanés. Cette hydrothérapie traduisait une conception du corps perméable, qu’il fallait irriguer, purifier et équilibrer.

La courte histoire du sanatorium, marquée par une expansion continue jusqu’à l’arrivée des antibiotiques dans les années 1950, incite à réfléchir à son obsolescence actuelle et à l’évolution des mythes de guérison. Aujourd’hui encore, l’ingestion, l’immersion ou la mise en scène de l’eau structurent les imaginaires du soin. À l’image des fluides qui autre fois irriguaient le corps pour le soigner, ces fragments de verre coulé convoquent la mémoire des lieux curatifs, tout en évoquant la mutation de leur potentiel réparateur.

La pratique d’Alexia Laferté Coutu repose sur l’absorption, le transfert et la réanimation. Façonnées par pression d’argile ou de cuivre sur des bâtiments, des objets ou des monuments historiques, ses œuvres enregistrent et mettent en relation différentes temporalités. À l’atelier, les empreintes passent par plusieurs matières pour devenir des sculptures portant les traces de l’architecture, de ses mains, du temps et des déformations liées au transfert. Le verre apparaît incrusté de résidus qui altèrent sa transparence, détournent la fonction traditionnelle du moulage et introduisent un écart entre l’objet initial et la sculpture finale. Ces fragments flous et obscurcis donnent corps à une dimension immatérielle et insaisissable de l’Histoire.

Alexia Laferté Coutu (n. 1990) vit et travaille à Montréal. Ses sculptures et installations ont été présentées dans des expositions individuelles et collectives, notamment à la Galerie Nicolas Robert, Toronto (2023), à la Fonderie Darling, Montréal (2022), au centre Occurrence, Montréal (2022), à la galerie Doosan, Séoul (2020), et à la galerie Pangée, Montréal (2019). Récipiendaire du Prix Pierre Ayot (2023), elle a étudié à l’Université Concordia, à la Bauhaus Universität de Weimar et à l’Université du Québec à Montréal. Ses œuvres font partie de la collection de la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que de la collection de la Ville de Montréal.

 

Nathalie Saint-Gelais | Vitrine du Pavillon des arts
Du 1 ier octobre au 20 novembre | vernissage le 1 ier octobre à 17h

RÉCIT MUET Argile

Nathalie Saint-Gelais, étudiante à la maîtrise en art, est une artiste visuelle dont la recherche explore la trace, le geste , la mémoire et leur résonance dans la matière. Son approche s’enracine dans l’écoute sensible du corps et dans l’attention aux empreintes invisibles que nos passages laissent dans le monde.

Avec cette œuvre, elle propose des fragments d’argile façonnés par le contact direct de la main. Chaque empreinte témoigne d’un geste numérique, mais aussi de ce qui échappe au regard : une mémoire discrète, une présence silencieuse. Entre visible et invisible, la trace devient lieu de passage,des fragments fossiles d’une époque saturée d’interactions digitales. Elles figent l’éphémère, arrêtent le geste dans sa course. Le corps, ici, imprime une trace, au sens propre comme au figuré.

En travaillant ces matières, l’artiste propose une lecture tactile et réflexive de ces gestes. Elle les arrache à leur invisibilité pour les replacer dans une matérialité. Là où l’écran efface, l’argile retient. Làoù le geste se dissout dans l’interface, il se grave ici dans la matière.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de sa démarche artistique, centrée sur le geste, la trace, la mémoire . En convoquant le corps dans sa dimension la plus sensorielle, elle cherche à ouvrir un espace de réflexion sur nos gestes les plus familiers. Ceux qu’on ne regarde plus, qu’on ne sent plus… mais qui pourtant, jour après jour, nous modèlent autant que nous les reproduisons.

Figer un swipe, un tap, un scroll dans la terre, c’est créer une archéologie du quotidien. C’est dire: voici ce que nous faisons, voici comment nous touchons le monde aujourd’hui. Et peut-être, en les regardant ainsi, pourrons-nous réapprendre à toucher autrement. Avec plus de conscience. Avec plus d’écoute. Avec, peut-être, un peu plus d’humanité.


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