Les municipales s’en viennent

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

On ne fait pas d’élections avec des prières.
-Anonyme

Ça sent. Vous ne trouvez pas? Ça sent déjà beaucoup. Les élections municipales s’en viennent. Ici et ailleurs. (Comme dans l’expression éculée et folklorique de jadis-le crédit social s’en vient avec Réal Caouette…)

Les pions se positionnent lentement. Des candidats et dates à la mairie provenant de presque de chaque arrondissement. Des connus, des moins connus. De l’expérience, de la volonté de faire mieux ou différent. Des conseillers et conseillères aussi d’un peu partout. Des partis politiques avec des plateformes qui se tiennent, parfois avant gardistes par rapport à la politique municipale pépère. La présente mairesse veut se représenter. L’ancienne peut-être. Un conseiller proche du maire d’avant se pointe le bout du nez. Le spectre est surprenant. Mais que vont-ils faire dans cette galère comme dirait un auteur classique dont j’ai oublié le nom? Peut-être Dante? Peut-être Shakespeare? Peut-être Michel Tremblay? Peut-être Hervé Bouchard?

Parents et amis sont invités à y voter dans six mois.

Le pouvoir, le bien commun, l’avenir de la ville attirent encore, faut croire.

Mais, avouons-le, la pente sera haute à remonter et à asphalter. Surtout pleine d’embûche. Du moins au Saguenay. Une ville où la politique municipale se conjugue souvent à l’imparfait du subjonctif.

Qu’est-ce qu’il manque au juste à cette ville pour atteindre tant sans peu l’harmonie, disons de la ville d’Alma qui carbure à la révolution tranquille? Ou Québec qui rayonne? Qu’est-ce à dire? D’abord et avant tout des élus qui s’entendent entre eux. Qui se parlent. Un maire, une mairesse qui conserve le contrôle tout en s’appuyant sur les compétences de ses conseillers et de son entourage. Des projets à hauteur de réussite. Qui correspondent aux nécessités de la ville et aux désirs des citoyens. Des projets réalisables et non pas sortis d’un chapeau de magicien pour faire plaisir à la galerie. Une mairie surtout qui ne carbure pas aux pressions des médias populistes avides de faux scandales. Lesquels médias font tout pour entretenir ce climat de suspicion qui dure ici depuis trop longtemps.

Ces médias n’ont pas de prise à Alma et au Lac en général. Ici, ce genre de couverture municipale orientée et malsain perdure. C’est pour cette raison que les élus municipaux de Saguenay ne cessent de marcher constamment sur des œufs plus ou moins pourris.

Il manque aux élus de cette ville une indépendance d’esprit et une ouverture sur le monde. Certaines, certains conseillers le démontrent parfois. La plupart se méfie de toutes les rumeurs qui circulent allègrement avec la complicité du petit milieu municipal d’hier toujours actif en ces temps de noirceur.

Ça se bouscule pour les prochaines élections municipales. On a rarement vu autant de candidats, dates, autant de partis politiques s’avancer sur la ligne d départ. Les électeurs ne savent pas où donner du vote. Ils se demandent ce qui se passe. Entre autres, le poste de maire ou de mairesse n’a jamais été si convoité. Et ce malgré le fait que celles et ceux qui s’y présentent savent à quel point ce terrain semble miné. Celui ou celle qui l’occupe devient ici la cible de tous les projectiles possibles. Comme si on n’aimait pas être dirigé par une autorité municipale quelconque. En fait, je crois que c’est l’esprit de clocher qui perdure depuis toujours. La preuve? L’origine des candidats et des candidates qui se présentent actuellement à la mairie. Ils et elles viennent tous de leur patelin et semblent insister pour l’afficher ouvertement. De leur côté, les électeurs et les électrices les appuient. Ici on vote pour Chicoutimi, Jonquière, la Baie, Arvida et parfois même pour Saint – Ambroise, Shipshaw et même pour le Lac Kénogami. Ensuite, on arrive à la toute fin à voter pour Saguenay, quand il en reste.

Et si le maire ou la mairesse s’effaçait? Si elle ou lui passait en second lieu. Une direction comme j’ai déjà vu en milieu syndical (Québec solidaire rêvait un temps de fonctionner de la sorte) axée sur la coordination. Par exemple, le syndicat des profs de Rimouski n’avait pas de président, c’était un coordinateur qui, à tout moment, pouvait être remplacé par un membre du C.A. ou si vous préférez du comité syndical élu en début d’année. Je parle ici de syndicalisme collégial à l’époque de la Fédération autonome du collégial. Le rôle de ce fameux coordonnateur s’était de garder les éléments du comité et du syndicat en place. Tous les membres du comité de direction étaient au courant de tous les dossiers et à tout moment pouvaient prendre la parole, discuter des priorités et prendre des décisions pour tous sans être pris pour un opportuniste ou un hurluberlu. C’est ce qu’on appelle le partage du et des pouvoirs.

Pourrait-on faire la même chose au niveau municipal dans une ville comme la nôtre ou la vôtre? La question mérite d’être posée.

Je crois qu’on a été trop longtemps sous la domination d’une vision oligarchique du pouvoir municipal à Saguenay. Et depuis, on croit que c’est la seule façon de s’en tirer et de mener cette drôle de barque.

On peut peut-être trouver un parti politique, un candidat ou une candidate consciente de cette vision étriquée de notre vie municipale. Il est grand temps de passer à autre chose.

Ce n’est pas un messie que la ville a besoin ou une missive (jeu de mots un peu facile pour détendre l’atmosphère. Le sujet est pénible, je l’avoue. J’aimerais davantage pérorer sur le festival de Cannes, le dernier livre de Jean Echenoz, le nouveau pape, les vélos électriques…) La ville a besoin d’un peu beaucoup d’air frais. Les citoyens aussi. Même ceux et celles d’abord.

Il faudrait que ça arrive cette fois-ci. On est dû pour un vrai changement de paradigme.

En français plus concret : il faut élire des politiciens municipaux qui veulent faire le grand ménage du printemps et rebrasser les cartes. Repartir à zéro et tenter de refaire surtout la réputation de la ville considérée pour plusieurs comme LE nid à crabes de la majorité des villes de la belle Province.

C’est pénible mais il semble que ça soit la triste vérité. «On ne s’entend jamais dans cette ville.» «Tous ceux et celles qui veulent y changer quelque chose, se cassent le nez sur la culture du chacun pour soi».

Rarement voit-on notre maire ou notre mairesse rayonner au milieu des autres élus municipaux avec des projets rassembleurs. Notre ville n’a pas besoin d’un amuseur public, elle a besoin fortement d’une tête pensante qui voit la bonne façon de sortir de cette ville sclérosée et embourbée. Cette ville a besoin de changer de siècle en matière de politique municipale. E n’est pas vrai que les entrepreneurs doivent avoir le dernier mot dans son développement. Les citoyens doivent penser à autre chose que leur compte de taxes. Il est grand temps cette fois-ci de voter pour la bonne ville. Celle qui correspond à nos désirs, à nos rêves. Une ville et des élus qui nous donnent envie d’y rester.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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