Les pro-gaz en quête désespérée de légitimité

Lettre d’opinion de Monsieur Clément Fontaine, de Chicoutimi

Le 3 avril dernier, au lendemain de la publication du rapport très défavorable du BAPE sur Énergie Saguenay, les deux porte-paroles du groupe GNL Sag-Lac, ont fait paraître dans Le Quotidien/Le Progrès une lettre au PM Legault, l’implorant de donner malgré tout le feu vert à GNL Québec. L’un des signataires, Pierre Charbonneau, a récidivé le 30 juin avec une lettre plus succincte mais de la même teneur. L’auteur persiste à se faire le porte-voix d’un discours entrepreneurial maintes fois dénoncée dans l’espace public, y compris dans les pages de ce même journal.

Il importe de remettre une fois de plus les pendues à l’heure de l’urgence climatique.

Les entreprises GNL Québec et Gazoduq ne peuvent espérer rendre leurs installations carboneutres que si elles profitent, à un tarif préférentiel, d’une alimentation hydroélectrique, cette énergie propre et renouvelable qui appartient à tous les Québécois. L’ère des surplus étant révolue, Hydro-Québec fait face à une demande croissante d’électricité, autant pour son marché domestique que pour l’exportation. De nouveaux investissements en infrastructures (barrages, éoliennes) seraient donc nécessaires pour verdir artificiellement un gaz de fracturation en provenance de l’Ouest canadien destiné à l’exportation. Or, même s’il émet moins de particules polluantes dans l’atmosphère que le charbon que l’on cherche à éliminer, le gaz naturel non conventionnel génère au bout du compte autant de GES, le véritable responsable du réchauffement climatique!

En plus d’une hausse des tarifs d’électricité pour les abonnés, le coût de construction des nouvelles infrastructures d’Hydro-Québec devrait à tout le moins être pris en considération dans la facture globale que les Québécois assumeraient pour la réalisation du projet Énergie Saguenay.

GNL Québec a annoncé récemment une vingtaine de mesures additionnelles pour amoindrir l’impact de son projet sur le plan environnemental, particulièrement en ce qui concerne la protection des mammifères marins dans le fjord. Il s’agit pour l’essentiel d’une répétition d’engagements déjà présentés, dont la plupart demeurent irréalistes. Certains ont parlé de poudre aux yeux… et aux oreilles.

Ainsi, la technologie susceptible de créer une nouvelle génération de navires «silencieux» pourrait difficilement être prête pour 2025, date prévue de la mise en service du complexe de liquéfaction de Grande-Anse. En outre, il est peu probable que GNL Québec puisse se payer une flotte de super méthaniers ultra performante, compte-tenu des investissements considérables requis pour la construction de ses «propres» installations dans un contexte appréhendé de pénurie de main d’œuvre spécialisée.

Pierre Charbonneau termine son plaidoyer en faisant valoir l’appui majoritaire des gens du Saguenay-Lac-St-Jean à Énergie Saguenay. Une majorité de plus en plus mince cependant, selon les plus récents sondages, qui confirment par ailleurs le net rejet du projet à la fois par les grands centres et toutes les autres régions de la province. Celles-ci commencent à se repeupler à la faveur du télétravail et d’un meilleur accès à l’internet rapide. Le Saguenay en particulier a tout à gagner à développer son haut potentiel de production d’énergies renouvelables.

Le fjord avec son parc national réparti sur ses deux rives est un trésor naturel qui appartient à tous les Québécois, et même à tous les Canadiens via le Parc marin fédéral. Le temps est révolu où les multinationales, de concert avec certains élus locaux, pouvaient considérer ce joyau naturel unique au pays comme une vulgaire voie de transport au service des industries lourdes.

 


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