Mères au front Saguenay

Objet : Aires protégées. Réplique à Louis Ouellet et à la FQM

Louis Ouellet, préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est, et la Fédération québécoise des municipalités (FQM) remettent « en question le processus des aires protégées » (i). Leur vision nous apparaît tout à fait contraire à l’intérêt général de la population. Nous leur répliquons via ce communiqué.

Corrigeons tout d’abord une affirmation grossièrement erronée (ii). Selon M. Ouellet, il « y a déjà 17 % du territoire protégé par des aires de catégorie I, c’est-à-dire sous une cloche de verre ». Oui, les aires protégées couvrent effectivement 17 % du territoire québécois. Cependant, dire que 100 % qu’entre elles appartiennent à la catégorie I (iii) est carrément de la désinformation ! En fait, moins de 4 % de la surface des aires protégées — 0,68 % du territoire (iv) — appartiennent à cette catégorie (v). 80 % des aires protégées du Québec sont plutôt de catégorie II. Ce ne sont pas des cloches de verre puisque la plupart des activités récréatives y sont permises. Notons que seulement 8,7 % du territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean est protégé (vi). On est très loin de l’atteinte de l’objectif de 30 % du territoire en 2030.

Renforcer le pouvoir hégémonique des MRC ?

Le gouvernement du Québec, lors de son appel à projets d’aires protégées de 2024, a accordé de facto aux MRC un droit de véto sur les propositions puisque seules celles qu’elles recommandaient pouvaient passer à l’étape suivante. Les 19 projets de la MRC Maria-Chapdelaine, la vingtaine de projets de la MRC de la Haute-Gaspésie et la totalité des projets des MRC de Témiscamingue et d’Abitibi ont ainsi été refusés. La volonté et le travail de plusieurs acteurs de ces régions — organismes, groupes citoyens, Zecs, petites municipalités — ont ainsi été balayés du revers de la main. Cela constitue un grave déficit démocratique. Et voilà que les MRC réclament du gouvernement une augmentation de leur pouvoir en devenant, plutôt que les Conseils régionaux de l’environnement (CRE) auxquels le mandat a déjà été confié, les responsables des consultations sur les aires protégées. Les élus locaux menacent même de s’opposer « fermement à toutes les propositions d’aires protégées » si l’on ne met pas fin au processus actuel.

Nous protestons énergiquement contre ce chantage et contre leur proposition. Une plus grande hégémonie des MRC
diminuerait encore le poids de la société civile et le passif démocratique en serait aggravé. On ne peut pas gouverner ainsi au mépris de la société civile ! Les préfets des MRC, membres de l’Alliance forêt boréale et donc proches de l’industrie forestière (vii), sont bien mal placés pour se prétendre les gardiens des intérêts de l’ensemble de la population.

Comme Mères au front nous continuerons à veiller sur l’avenir de nos enfants. Celui-ci dépend de la santé des écosystèmes qui soutiennent la possibilité même de la vie. La protection de portions représentatives de tous les milieux naturels du Québec, dont la forêt boréale, demeure un enjeu crucial.

Références

i Louis Tremblay, « Le préfet de Lac-Saint-Jean-Est remet en question le processus des aires protégées ». Le Quotidien, 23 février 2026 [https://www.lequotidien.com/actualites/2026/02/23/le-prefet-de-lac-saint-jean-remet-en-question-le-processus-des-aires-protegees-OSCXH62PPNBJ7BWGHBUE4VBKOU/] (consulté le 23 février 2026).

Louis Tremblay, « La Fédération des municipalités avait mis en garde Québec sur les aires protégées », Le Quotidien, 23 février 2026 [https://www.lequotidien.com/actualites/actualites-locales/2026/02/23/la-fqm-avait-mis-en-garde-quebec-sur-les-aires-protegees-ZABC6JN6A5EXLL5HCWLXMQHATI/] (consulté le 23 février 2026).

ii Ce n’est pas la seule. Selon lui, « certaines lois [assureraient] une protection absolue […] sur tous les milieux humides ». Malgré la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques, les milieux humides sont en constante régression au Québec.

iii On parle ici des catégories définies par l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN) et reprises par le MELCCFP. Voir https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/aires_protegees/registre/

iv 4 % de 17 %.

v MELCCFP. « Répartition des aires protégées au Québec par catégorie UICN », 31 décembre 2024, [https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/aires_protegees/registre/repartition-aires-protegees-quebec-categorie-uicn.pdf] (consulté le 25 février 2026).

vi Pour la MRC Lac-Saint-Jean-Est, c’est 3,8 % (chiffres du MELCCFP).

vii Lecture suggérée : Jean-Thomas Léveillé, « Alliance forêt boréale. Des maires au service de l’entreprise privée ? », La Presse, 11 avril 2023 [https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2023-04-11/alliance-foret-boreale/des-maires-au-service-de-l-entreprise-privee.php] (consulté le 25 février 2026)


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