L’action communautaire autonome (ACA) : au-delà des chiffres, une question de racines

Lettre de Monsieur Simon JA Tremblay , Coordonnateur général du Carrefour communautaire Saint-Paul

Ce matin, en conduisant les enfants à l’école, j’écoutais Édith Cottenoir (directrice de la CDC du Roc) à l’émission C’est jamais pareil sur ICI Première. Elle réagissait à un texte de Richard Blain paru dans La Presse : OBNL et action communautaire : Il faut réinventer les vieux modèles. Monsieur Blain y pose une question légitime : comment assurer la pérennité des OBNL face à la « rareté »(1) des ressources ?

De retour à mon bureau, j’ai pris le temps de lire attentivement l’article pour constater que l’ensemble de son argumentaire repose sur une logique purement comptable. Face à un secteur qu’il juge fragmenté et épuisé, sa solution est limpide, voire malheureusement simpliste : il faut professionnaliser, centraliser et, surtout, fusionner.

Pour lui, l’efficacité passe par la réduction du nombre d’entités afin de créer une « masse critique », calquant le modèle des OBNL sur celui de la SAQ ou de Desjardins. De quoi parle-t-on exactement ? Réduire de 5 % le nombre d’OBNL pour économiser 1,4 milliard de dollars est une idée séduisante… sur papier seulement.

En pratique, que fusionne-t-on au juste ? L’auteur englobe-t-il réellement la diversité des secteurs d’activités de ces 135 000 OBNL ? Au-delà du « pourquoi », il faut surtout se demander à quel coût social une telle réforme se réaliserait. Car c’est ici que le bât blesse.

Contrairement à un simple prestataire de services, un organisme d’ACA ne se contente pas de « livrer » une prestation : il habite son milieu. Représentant plus de 4 500 organisations à travers le Québec, l’ACA repose sur des piliers fondamentaux — les huit critères de l’Action communautaire autonome — que l’auteur semble ignorer : L’enracinement : L’organisme naît de son quartier , de son milieu et existe pour lui.

La vie démocratique : Les décisions appartiennent aux citoyens et citoyennes et aux usagers et aux usagères , plutôt qu’à un conseil d’experts déconnectés. L’approche globale : Au-delà du service, nous agissons sur les causes de la pauvreté pour transformer durablement la société. Limiter le rôle des administrateurs et administratrices à la « gestion de risques », au détriment de la mission, revient à transformer le milieu communautaire et le filet social qu’il compose en une simple annexe bureaucratique de l’État.

Contrairement à l’approche comptable de Monsieur Blain, qui souhaite sabrer les « coûts de structure », l’ACA défend ces organisations comme des lieux essentiels de pouvoir / de contre-pouvoir citoyen.

Conclusion L’épuisement des équipes est une réalité criante. Toutefois, le remède proposé pourrait bien tuer le patient.

Réinventer les modèles ne devrait pas signifier « copier le modèle bancaire », mais plutôt renforcer le financement à la mission. L’objectif est de permettre aux organismes de rester agiles, humains et ancrés dans leur milieu, tout en favorisant la collaboration sans sacrifier leur identité unique.

L’efficacité sociale ne se mesure pas au nombre de cadres éliminés, mais à la capacité d’un citoyen ou d’une citoyenne à trouver, au coin de sa rue, une porte ouverte et une oreille attentive. Le terme « rareté » est placé entre guillemets puisque les ressources abondent au Québec ; encore faut-il avoir le courage politique d’aller les puiser là où elles se cachent, notamment dans les paradis fiscaux et auprès des grandes entreprises.


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