La Société historique du Saguenay ou de Chicoutimi

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Société. : Ses ennemis. Ce qui cause sa perte.
– Gustave Flaubert, dictionnaire des idées reçues, 1850

Or donc, la Société historique du Saguenay appartient à Chicoutimi et il lui est interdit d’aller s’installer ailleurs. Du moins les élus l’affirment en réagissant mollement à l’intention des membres de la dite Société de déménager l’organisme et ses collections en 2028 dans l’école Sainte-Thérèse d’Arvida, édifice patrimonial vacant correspondant à ses besoins. École remplie de fenêtres et d’espaces alors que les locaux actuels de la SHS s’apparentent à un gros corridor sombre isolé dans un sous-sol sans lumière sur l’extérieur. Les arguments des élus contre ce déménagement sont fragiles.

Mais avant d’y répondre, soulignons que l’origine de cette société est assez mystérieuse. En 1924, deux prêtres du séminaire de Chicoutimi, Victor Tremblay et Joseph-Edmond Duchesne affirment leur intention de la mettre en branle. Un tremblement de terre les empêche de le faire pendant dix ans. Que c’est-il passé? Ils attendent en 1934 pour reprendre le dossier et en 1936 la Société reçoit ses lettres patentes.

Peut-être existe-t-il une chemise à la Société sur ce fameux tremblement de terre de 1924 empêchant d’avancer pendant dix ans? L’inondation du lac y être peut-être pour quelque chose?

Je reviens aux arguments des élus de la ville contre le déménagement.

La Société doit demeurer à Chicoutimi parce que… les chercheurs sont dans cet arrondissement (On ne le dit pas mais c’est tout comme), la preuve ou plutôt les preuves…
Tout ce qui touche à la conservation du patrimoine serait réuni là, le Poste de traite, la Pulperie, le cégep, l’université, la cathédrale et même le conservatoire de musique. Voilà. Ailleurs, dans les autres arrondissements de Saguenay – la ville- il n’y a rien. Pas de patrimoine. Pas de chercheurs. Pas d’institutions. Pas de traces de la SHS. C’est un peu léger comme argument.

Tous les arrondissements ont des traces du passé régional. L’idée n’est pas de s’enfler encore une fois le torse avec son chauvinisme d’arrondissement, c’est tout simplement de mieux aménager les services de la SHS qui ne rapporte rien financièrement comme disait si naïvement le morning man de la radio populiste la semaine dernière, disciple trumpiste qui s’ignore, ils sont de plus en plus nombreux maintenant, comme ces deux exilés de la radio poubelle de Québec qui éructent au même poste en avant-midi en prenant carrément les lubies du président des USA pour des bonnes idées de gouvernance. Passons sur ces thuriféraires de la bêtise parlée pour le moment.

Or donc ce nouvel emplacement de la Société existe et pourrait permettre à cet organisme de grandement améliorer son sort.

À moins que l’arrondissement d’Arvida ne fasse pas ou plus parti de la ville de Saguenay?

D’ailleurs, Mgr Victor avait les idées plus larges sur la place de la SHS dans son viseur. Pour lui, cette Société appelait des recherches et des enquêtes à travers toute la région. L’inondation du lac en 1926 causant la disparition de centaines de terres agricoles dont celle de son père Onésime fut l’un des causes qu’il défendit pendant de nombreuses années. Ses enquêtes auprès des pionniers et les défricheurs le menaient dans les coins les plus reculés du Saguenay comme du Lac. Pour lui, la Société n’appartenait à aucune ville ou arrondissement. Elle recueillait essentiellement les mémoires et les documents qui vont avec des gens de la région qui croient que le passé sert à mieux comprendre le présent et à préparer l’avenir.

Cette Société avait des moyens plus que modestes. La majorité des gens qui y travaillait au début comme Mgr Victor d’ailleurs étaient des bénévoles. Quand, avec le photographe Michel Gauthier (Certaines de ses 100 000 photos sont déposées là) je cherchais des illustrations, des documents écrits pour publier la revue Focus (1977-85) , je me souviens des sœurs Lemay, les filles du poète de Québec Pamphile et du photographe officiel d’Alfred Dubuc, leur frère J. Eudore. Ce dernier avait photographié pendant des années les bâtiments de la Pulperie dessinés par son frère architecte, René Pamphile. L’une des soeurs Lemay, Aline avait pris la relève du studio de son frère, J. Eudore sur la rue Racine. Elle et sa sœur passaient des journées à classer les photos Lemay qui constituent un trésor qu’on devrait exploiter davantage à la Pulperie. Des centaines de photos remarquables du début du siècle Chicoutimien et saguenéen.

Pendant que les sœurs Lemay tentaient d’identifier les photos de la famille l’été, Mgr Victor en bras de chemise, la soutane retenue par sa ceinture circulait partout dans la Société située alors au séminaire de Chicoutimi, répondait au téléphone, recevait des visiteurs et préparait ses voyages de reconnaissance à travers la région.

La SHS n’appartient nullement à Chicoutimi. Elle appartient à la région. Et si les employés actuels jugent que le lieu qu’ils ont choisi pour déménager leur convient et correspond à leurs besoins, on n’a pas à se mêler de leur choix. On doit leur faire confiance et les suivre dans leur démarche. Six employés, quatre bénévoles tiennent cette Société à bout de bras pour conserver et entretenir 2,3 millions de photos, 1.2 kilomètres de documents d’archives, en tout 22 000 boîtes de précieux souvenirs.

C’est une Société très peu subventionnée par les ministères concernés et par la ville. On sait que le maire Ti-Jean Tremblay voulait la voir disparaître, ne la finançait pas, lui avait refusé d’entreposer les archives municipales. On sait à quel point ce maire d’une autre époque fustigeait les intellectuels et les chercheurs. Pour lui, seul son présent existait. Il se méfiait du passé et surtout du sien sur lequel planaient quelques sombres nuages.

Les conseillers municipaux de Saguenay n’ont pas à forcer les responsables de la SHS à déménager à Chicoutimi. S’ils craignent que les chercheurs de Chicoutimi n’arrivent pas à trouver les nouveaux locaux arvidiens on peut leur faire un dessin. C’est à 10 minutes en bus du centre-ville de Chicoutimi, 20 minutes à vélo. Il y a des limites à croire que tout a commencé au Poste de traite. Si on veut raisonner de cette façon il faudrait que les locaux de la SHS soient situé à la Baie ou les 21 sont débarqués en 1838. C’est rarement sain que les élus se mêlent de trop près aux affaires culturelles. D’abord, ils ne viennent rarement de ce milieu. Entretiennent des préjugés communs pour la plupart sur les artistes et les intellectuels qui se font vivre au crochet de l’État. Il y a toutefois des exceptions parmi ces conseillers, mais ils sont obligés, malgré eux de composer avec les préjugés de la population pour qui la culture abordable se réduit à la télé, aux rockeurs américains et aux humoristes d’ici.. Et ils considèrent qu’accorder des faveurs à ces gens-là qui ne rapportent rien comme dirait l’autre doit exiger une certaine soumission.

Les conseillers municipaux qui bloquent le déménagement de la SHS à Arvida font fausse route. Ils confirment encore une fois que Chicoutimi règne d’abord et toujours sur cette ville qui n’a vraiment jamais été fusionnée.

Une solution existe peut-être pour les satisfaire. Au lieu de la maison mère de la SHS, une succursale de la Société à Chicoutimi, sur la rue Racine, dans le bas de la cote. Les locaux vacants ne manquent pas. Mais c’est difficile de loger les organismes culturels dans cet arrondissement. Les priorités du conseil sont toujours ailleurs.

D’ici 2028, l’année du déménagement de la SHS, j’ai bien peur que le chantage chicoutimien va continuer et progresser. Curieusement, c’est la première fois qu’on parle de la Société au conseil municipal et ce n’est pas pour lui venir en aide financièrement. C’est tout simplement pour tester une fois de plus le chauvinisme des élus. La leçon est déjà tirée.

Vivement une chemise de plus à la SHS si elle n’existe déjà : «le chauvinisme régional à Chicoutimi et ailleurs dans la région ». Notre maître le passé en prend encore pour son rhume.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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