La culture du vide

Chronique de Jean-Simon Gagné-Nepton (suivant l’annonce de la fermeture du Bar à Pitons)

La fermeture du Bar à Pitons n’est pas qu’une fermeture. C’est la disparition d’un lieu de rassemblement et la concrétisation, si rien n’est fait, de la culture du vide.

Un vaillant guerrier de la culture nous quitte. Le mythique Bar à Pitons annonce sa fermeture. Qui à Chicoutimi n’a jamais entendu parler de cet établissement unique de par son ambiance underground chaleureuse, de sa position dans le sous-sol d’une maison patrimoniale et de son feu extérieur alimenté de 2×4 et de bouleau pendant les quatre saisons !

Le Bar à Pitons a presque toujours fait partie du Chicoutimi dans lequel je suis né. C’est d’ailleurs le premier bar que j’ai fréquenté. Il a guidé mes pas vers des soirées mémorables en bonne compagnie, vers des évènements culturels et des spectacles uniques. Durant les années où j’ai vécu au Centre-ville de Chicoutimi, c’était le bar de quartier par excellence. C’était notre bar, là où on se sent chez soi. Le bar des étudiants, le bar des artistes, le bar des mal-aimés, le bar de la vraie vie.

Au-delà d’une perte pour tous les amateurs de bonne bière, la fermeture du BAP représente malheureusement ce qu’est en train de devenir la scène culturelle québécoise et saguenéenne. Nombreuses sont les petites institutions culturelles à lutter pour leur survie, à se battre pour ne pas tomber dans le vide abyssal de la culture du vide. 3 saisons par année de rien et un été boosté aux stéroïdes de festivals en tout genre, ce n’est évidemment pas suffisant pour faire vivre les artistes. La culture se vit à l’année et surtout, elle se vit dans les bars comme le BAP qui donne un espace à la scène émergente.

Il restera toujours les artistes, mais que restera-t-il de la scène culturelle indépendante ? Après la disparition de plusieurs lieux de diffusion culturelle dans les dernières années, c’est une part considérable de l’âme de mon Chicoutimi qui disparait. Dans ce royaume de tous les possibles, mais où la beauté s’efface facilement derrière l’asphalte, que restera-t-il de nos efforts pour préserver l’authenticité de la « dixtrentisation ».

Cette institution qui tenait le fort culturel de Chicoutimi depuis tant d’années ne sera plus qu’un souvenir. Autant bien faire passer le deuil en se remémorant les moments marquants ! Peut être même rêver à continuer !


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