Coup bas pour le béluga

Texte d’opinion de Monsieur Clément Fontaine

Si beaucoup de Québécois estiment que l’environnement et la lutte au réchauffement climatique sont passés au dernier rang des préoccupations du gouvernement caquiste, le ministre Benoit Charette avait tout de même effectué une timide avancée en annonçant son intention d’établir une aire marine protégée en amont du Saguenay, au bénéfice du béluga. On sait que ce dernier aime fréquenter et se reproduire dans le fjord mais cohabite difficilement avec le trafic maritime lourd. L’initiative ministérielle n’avait cependant pas pour but de limiter la circulation des bateaux, seulement d’assurer une meilleure préservation de la source alimentaire principale de ces mammifères marins, le hareng de l’Atlantique et le capelan.

C’était trop pour certains partisans des grands projets, dont bien sûr celui de GNL Québec, présentement soumis à l’examen du BAPE. Richard Martel, député fédéral de la région et lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, la direction de Rio Tinto, ainsi que Sandra Rossignol, directrice de la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay-Le Fjord, viennent d’obtenir du ministre qu’il revienne sur sa décision. Il leur a suffi d’invoquer le risque de nuire au développement économique de la région en créant de l’incertitude chez les entrepreneurs!

Je doute maintenant plus que jamais de la bonne volonté de Richard Martel qui, il y a quelques semaines, envoyait à ses électeurs un questionnaire les invitant pour une rare fois à se prononcer sur leurs priorités en matière de développement. Avec cette consultation postale, il semblait pouvoir envisager une relance axée aussi sur les énergies renouvelables et les PME. Comment croire à présent à une réelle ouverture d’esprit de sa part?

Je me questionne sur la pertinence de la démarche de la branche québécoise de la multinationale Rio Tinto qui semble vouloir affamer les bélugas afin de pouvoir vendre toujours plus d’aluminium au États-Unis. Au risque de se voir imposer une taxe protectionniste.

Je conteste la légitimité de l’intervention de la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay Le-Fjord qui a trouvé là une autre façon de paver la voie au projet Énergie Saguenay. Sur son site internet, l’organisme prétend informer ses membres à ce sujet en relayant uniquement la documentation produite par GNL Québec! Mais de quels gens d’affaires parle-t-on ici? Il faut remplir un formulaire de demande en ligne pour tenter d’obtenir un mot de passe donnant accès à leur bottin. Madame la directrice a-t-elle obtenu un consensus de ces discrets adhérents avant d’intervenir auprès du ministre?

Sandra Rossignol et plus encore le président de la CCISF, Carl Laberge, également directeur général de Port-Saguenay, ont déjà beaucoup fait pour favoriser l’accroissement de l’activité industrielle axée sur l’exportation dans la zone portuaire de Grande-Anse, quitte à sacrifier la biodiversité et la vocation récréotouristique du fjord. M. Laberge souhaite même construire un nouveau terminal en eau profonde sur la rive nord du Saguenay, à proximité du parc marin fédéral. La Chambre de commerce et d’industrie ne pouvait tomber plus bas en allant torpiller une mesure de protection déjà jugée insuffisante par les défenseurs du béluga, une espèce emblématique officiellement en voie de disparition.

Clément Fontaine
Chicoutimi

https://www.ledevoir.com/societe/environnement/588753/aire-marine-protegee-abandonnee-a-la-demande-d-acteurs-industriels

https://ccisf.ca/

 


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Un commentaire

  • Je partage l’opinion de M. Fontaine. Le fjord du Saguenay est un site exceptionnel qu’il faut à tout prix protéger. Je suis convaincue que si on va de l’avant avec ces projets au nom de notre économie locale, on s’en mordra les doigts dans le futur. Pensons à long terme et non pas juste sur notre confort actuel.

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