Chronique de Monsieur Emmanuel Trotobas, citoyen engagé
Ai-je loupé le coche ? Je n’ai pas vu la première manifestation, la première marche, je n’ai pas entendu le premier discours ni la première entrevue.
J’étais occupé à mes tâches plus ou moins routinières. En tant que migrant, étudiant, citoyen impliqué, personne préoccupé de sa santé globale, bien que souvent au courant de ce qui se passe en général ici et là, il m’a fallu un moment pour voir cela.
J’ai donc fini par apprendre qu’il se passait de quoi là-bas. Très vite, on pouvait voir que ce qui se passait était important. Qu’il y avait probablement un mouvement. Que ce qu’y passait était grave. Violent. Le mouvement était violemment réprimé. Je ne sais pas qui a lancé le bal. J’ai vu que le mouvement était répandu.
Des manifestations – ou manifs pour les intimes ou habitués -avaient lieu dans de très nombreux endroits.
Différents sites reprenant les nouvelles, diffusant les nouvelles, en dehors des nouvelles officielles…
En dehors des nouvelles officielles, il est courant d’être informé et de voir d’autres aspects, de lire d’autres commentaires.
Au départ du mouvement, j’ai compris qu’il y avait des revendications. On ne sort généralement pas dans la rue sans avoir quelque chose à dire. Les voies ordinaires n’ont pas été suffisantes. Les revendications des jeunes comprenaient dès le départ des conditions décentes pour étudier.
Était-ce aux nouvelles officielles ou non ? Mais je l’ai vu et lu, des jeunes de moins de seize ans ont reçu les mêmes réponses des CRS que pour le genre d’événements incendiaires de banlieues alors que nous ne parlions pas encore de casseurs comme aujourd’hui (1).
Ce que j’ai compris aussi, c’est que dans les médias, on ne faisait pas assez les distinctions nécessaires.
Quand je vois certains commentaires, je peux me demander comment cela se fait qu’il y ait autant de biais. Je suis conscient d’avoir des angles morts, mais tant de précipitations sur des jugements, généralisations, me paraissent ahurissantes.
Ceux qui voient des drapeaux qui ne sont pas le drapeau français et qui s’exclament qu’il y aurait une insurrection. Je vois des gens qui veulent apporter ici leurs revendications et celles-ci peuvent paraître décalées avec un mouvement lycéen, étudiant. On peut comprendre qu’il y ait des liens de solidarités pour des gens qui veulent être entendus face à des instances qui continuent leurs propres récits sans entendre les autres. Malgré les solidarités possibles, on peut voir que des gens opposés à ces mouvements ou simplement loin, ou autres, aient recours à des amalgames. Aussi interpréter de loin avec son propre récit peut être dangereux…
On parle d’une bataille de chiffres et de récits à l’émission C Politique (2).
Penser aux liens entre le côté social et l’environnement, réfléchir à la démocratie. On sera bientôt à nouveau en élection. Démocratie représentative… Avec ce sentiment d’impuissance.
Et tous ces jeunes qui ne peuvent pas voter, dans la rue mais déjà se posant beaucoup de questions sur leur avenir. J’ai entendu les termes de sentiment de défiance envers les institutions. Cela se serait donc dégradé au fil des décennies, comme un désagrègement structurel. Sans parler de ce qui se passe globalement, des phénomènes d’anxiété, de soucis quant au monde dans lequel ces générations vivraient.
Demandez-vous, comme disait Jacques Brel, pourquoi ils sont tué Jaurès.
On entend maintenant l’appui de Gauvain Sers, ou encore de Grand Corps Malade, de Vincent Lindon.
On entend aussi des arguments appuyés de grands chercheurs – comme Pierre Ronsavalon – invités dans des émissions qui passent sûrement tard le soir. Ils sont invités, écoutés par les autres invités et l’animateur, mais pas par les autorités.
Qu’on parle des différents épisodes de répressions à travers l’Histoire de France spécifiquement, en lien aussi avec les volontés d’une partie de la population de changements sociaux, c’est bien sûr intéressant, de les voir sur des sites de Radio France ou de l’INA, aussi. On pourrait quasiment dire que ce sont des rappels officiels.
On parle de 1793, de 1852, de 1968 et d’autres plus récents.
Pour en revenir aux événements récents et actuels, on parle de plusieurs types de « participants » aux manifestations.
Il y a bien sur des distinctions à faire entre les casseurs – qui peuvent aussi bien être des policiers en civils, des militants d’extrême droite que des militants de certaines approches radicales comme les black blocks, les voleurs qui peuvent surgir et aussi profiter du chaos. Rappeler-vous que du matériel de pompiers utilisé pour les désincarcérations a été volé il y a quelques semaines dans plusieurs postes.
Il y a le grand groupe de manifestants avec des revendications déjà évoquées.
Il y a ces dégâts commis à proximité de manifestation, comme à la mairie de Marseille, sans qu’aucune faction de police de soit intervenue. Le maire de Marseille témoigne de cela lui-même (3).
Acrimed, observatoire des médias, a procédé à quelques analyses sur des matinales proposant des interviews. Il notait, avec accablement, « le désintérêt pour le sujet, la priorité à la parole gouvernementale et l’occultation des violences policières. » (4)
Les officiels se disent opposés aux violences. Mais ne pourrait-on croire que l’on s’approche d’un État policier, de terrorisme d’État, quand les forces de l’ordre agissent ainsi, quand ses agents agissent ainsi alors qu’ils sont censés protéger les citoyens.
Laurent Bigot, l’ex-sous-préfet filme les violences policières dans les manifs (5) et constate ces dérives vers la protection du pouvoir en place depuis des années. Dans les débats, on oppose les différentes sortes de violence. En effet, avant les violences des forces de l’ordre, beaucoup pourront expliquer comment ils subissent des violences financières, sociales, institutionnelles.
On voit donc des gens pas écoutés, une escalade de violence…
Marc Crépon, philosophe, en parle comme d’une boîte de Pandore (émission de C Politique du 17 octobre). Selon lui, ces grandes manifestations pourraient être une fête. Comme selon HK, ces manifestations pourraient être précédées d’assemblées. Maintenant, elles sont empêchées. Même des festives comme celle où l’Orchestre du Nouveau Monde joue Place de la République. On peut voir aussi des mobilisations en outre-mer, c’est-à-dire dans les Antilles ou encore à Mayotte (6) et à l’étranger, en Italie, en Albanie, et en soutien par exemple à Montréal.
Les violences policières ont également fait des dégâts lors de contestations récentes aux projets d’autoroutes de l’A69 et de l’A412. (7)(8)
Bien sûr, il y a des revendications de jeunes, mais pas seulement. Plusieurs fois ont été citées la convergence de luttes. Ainsi, nous avons pu voir l’apparition de la Confédération Paysanne apporter son soutien aux jeunes, parce que les jeunes sont aussi la relève ; on a aussi pu réapparaître les Gilets Jaunes, certainement pour plusieurs raisons. Qu’on parle du pouvoir d’achat – sans partisanerie -, de perspectives et l’on comprendra que ce papier ne suffira pas.
Une chronique de quelques paragraphes n’offrira qu’un instantané. Pour prendre du recul pour des gens tannés de l’instant ?
J’essaie d’apporter ma compréhension des événements, avec des proches là-bas, avec mon quotidien ici, avec des souvenirs de paysages de là-bas, avec une expérience ici aussi.
Que vous soyez un lecteur lambda, local n’ayant jamais mis les pieds en Europe, un migrant, un expat’ comme certains disent, un voyageur ou quelconque citoyen ou autre, continuez à prendre soin de vous.
- Attac France fait remarquer : « À chaque fois, la réponse de Macron est la même : mépris des revendications populaires, refus du dialogue social avec les syndicats et les associations, passages en force à coup de 49.3 et répression féroce. En ne concédant rien, même face à des mobilisations historiques, Macron a rompu le dialogue social et laissé s’installer l’idée que manifester par millions ne suffit plus à se faire entendre. »
- https://www.franceinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-faux-combien-de-personnes-sont-mortes-en-marge-de-la-mobilisation-du-17-octobre-a-paris_8245396.html
- https://www.ici.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone-13/marseille/violences-du-17-octobre-laurent-nunez-est-a-marseille-ce-lundi-soir-pour-s-entretenir-avec-le-maire-benoit-payan-1339280
- https://www.acrimed.org/La-grande-matinale-de-France-Inter-les-interviews
- https://www.telerama.fr/ecrans/laurent-bigot-l-ex-sous-prefet-qui-filme-les-violences-policieres-dans-les-manifs-7015826.php
- https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/la-mobilisation-des-lyceens-ultramarins-est-elle-invisibilisee_8240722.html
- https://www.franceinfo.fr/environnement/le-militant-ecologiste-thomas-brail-arrete-en-haute-savoie-sur-le-chantier-de-l-autoroute-a412_8203133.html
- https://reporterre.net/On-va-rester-aussi-longtemps-que-possible-des-ecureuils-tentent-de-bloquer-l-A412
Soyez le premier à commenter