La tragédie du lac Saint-Jean : une cicatrice qui nous appelle à la défense du bien commun.
Le Piékouagami avait déjà été rebaptisé Lac Saint-Jean par Jean de Quen en 1647, en hommage à son saint patron, Jean le baptiste. Il perdra plus tard son statut de lac pour devenir un réservoir le 24 juin 1926. La compagnie Alcan, en implantation dans la région, avait besoin d’électricité pour sa nouvelle usine d’Arvida. Elle avait acquis quelque temps auparavant la compagnie Duke-Price Power, qui avait fait construire le barrage de l’Isle-Maligne, qui a la capacité de réguler le niveau du lac. Cette transaction incluait les droits hydrauliques et la gestion de l’élévation du lac Saint-Jean et d’une partie de la rivière Saguenay entre Alma et Shipshaw.
Ayant reçu dans le secret le plus total l’autorisation du gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau de hausser le niveau du lac à la cote maximale de 17,5 pieds, soit 12 pieds de plus que le niveau moyen, Alcan ne procéda à aucune entente d’expropriation avant la fermeture des vannes en 1926. C’est sans avertissement, et ironiquement le jour de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, après que la compagnie eût fermé les vannes du barrage de l’Isle-Maligne, que l’ennoiement du lac se fit sentir. Les quelque 940 cultivateurs aux abords du lac, qui s’enorgueillissaient d’avoir les plus belles terres au monde, si bien que l’on désignait la région comme le « grenier du Québec » – ce dont pouvaient témoigner les nombreux prix agricoles qu’ils remportaient chaque année à l’échelle nationale – perdirent subitement en tout ou en partie leurs terres, soit 60 000 acres.
Onésime Tremblay, qui prit la tête du mouvement du Comité de défense, perdit lui-même la plus belle forêt de 150 acres d’ormes de la région, dans le secteur de Couchepagane (secteur de la Belle Rivière formant le Grand Marais), à Saint-Jérôme (aujourd’hui Métabetchouane et Saint-Gédéon). Cette tragédie humaine, commise sans avertissement et dans l’illégalité, inonda de nombreuses villes et villages, affectant sérieusement leur fonctionnement, jusqu’à amener leur fermeture et même la disparition du village de Bien-Heureuse-Jeanne-D’arc. C’est en mars 1927 que le premier ministre Taschereau fit adopter une loi expropriant les sinistrés et ordonnant leur indemnisation par l’intermédiaire d’une commission chargée d’en fixer le montant sans droit d’appel . Cette loi légalisera rétroactivement ce qui avait été fait illégalement un an plus tôt, avec l’appui des conseils municipaux de Chicoutimi, d’Alma et d’autres élus régionaux.
Onésime Tremblay, ayant dépensé une fortune en frais juridiques pour défendre sa cause et celle des cultivateurs, a finalement tout perdu : sa ferme, sa maison, ses animaux. La compagnie, sachant qu’elle avait été ignoble envers lui – elle lui avait offert 7 000 $ pour sa terre qu’il évaluait à 168 000 $ – a offert à le compenser plusieurs années plus tard : elle lui offrit un chèque en blanc où il aurait pu inscrire le montant qu’il voulait. Onésime Tremblay refusa catégoriquement ce chèque en blanc de la compagnie, car ce qu’il désirait plus que tout était de récupérer sa terre et sa forêt : « Aussi longtemps que ceux qui sont chargés de protéger la société seront complices des compagnies qui veulent tout dominer chez nous, il n’y aura pas de changement. Mais en attendant, nous, nous lutterons jusqu’au bout. Ces choses-là devraient être connues du public ».
Cette tragédie a marqué les débuts de la relation entre Alcan, et, plus tard, Rio Tinto, et sa région d’adoption. Elle a contribué à consolider une culture régionale de soumission aux capitalistes sans scrupule chez de nombreux élu·e·s des divers paliers de gouvernement. Elle a également vu naitre un héros, un symbole de résistance, celui d’Onésime Tremblay, qui inspirera 100 ans plus tard la fondation d’un Mouvement portant son nom.
Le Lac Saint-Jean et le Saguenay sont un bien collectif que le Mouvement Onésime-Tremblay défend dans l’intérêt de tous. C’est pourquoi il réclame :
- Une gestion du niveau du lac qui limite les dégâts chez les riverains et force Rio Tinto à les réparer le cas échéant, en particulier à Pointe Langevin;
- Le non-renouvellement du bail de la Péribonka en 2033 pour non-respect des engagements pris et la reprise des barrages de Chute-du-Diable, Chute-à-la-Savane et Chute-des-Passes;
- La reprise en main de nos ressources électriques, dans l’intérêt de la collectivité.
À l’occasion du 24 juin 2026, le Mouvement Onésime-Tremblay lancera un billet de 1 G$ pour symboliser les privilèges que la région et le Québec consentent chaque année à Rio Tinto, et en distribuera des reproductions à l’occasion de la parade de Saint-Gédéon.
Pierre Dostie,
Pour le Mouvement Onésime-Tremblay
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