Port de Grande-Anse, gazeux, liquide ou solide? Visons le bon cheval.
Saguenay, le 15 octobre 2025. Je ne vous conterai pas toute l’histoire de la relocalisation du port de Chicoutimi vers celui de Grande-Anse inauguré en 1985[1] et qui devait être « un parc de réservoirs d’hydrocarbure » donc de produits liquides facilement transportables sur les hauteurs qui dominent le port. Or les compagnies pétrolières, affectées par des changements de règlementation, ont décidé, pour desservir la région, de passer du transport maritime au transport par camion. Le port a donc dû changer sa vocation et se tourner vers le vrac et le bois de sciage. On connaît la suite : les volumes de produits qui transitent par ce port végètent et il a fallu attendre 40 ans pour constater un volume total d’à peine plus de 1 million de tonnes. Le tableau ci-contre illustre l’importance relative du port de Grande-Anse sur le Saint-Laurent.
Or, en connaissez-vous beaucoup des ports de mer encastrés dans une anse à tel point inaccessible que le terminus de la voie ferroviaire est distant de 2,1 km du quai de chargement et, de surcroît, à 139 mètres[2] au-dessus?
En connaissez-vous des ports de mer dont la superficie disponible (déjà utilisée d’ailleurs), à proximité du quai, est à peine suffisante pour contenir deux petits hangars et quelques petits réservoirs et ce, sans possibilité d’expansion?
Oui, le terminal maritime de Grande-Anse!
C’est ça le hic, ce port n’est pas conçu pour transborder du minerai en quantité industrielle.
On tente tout de même de convaincre les minières d’utiliser ce site en créant un parc industrialo-portuaire et une desserte ferroviaire de 13 km inaugurée en 2013 mais qui n’a pas encore servie. On est en train d’investir plus de 100 M$ pour un « convoyeur multifonctionnel » qui n’a pas encore de client. D’ailleurs un tel convoyeur à toutes les chances de ne pas rencontrer les exigences techniques des utilisateurs potentiels. On s’apprête à doter ce parc de toutes les infrastructures requises pour l’industrie lourde, dont un prolongement du quai pour recevoir deux navires, soit un autre montant supérieur à 150 M$. Et on n’a pas fini. Il faudra aussi doubler la voie ferrée entre le Lac St-Jean et la desserte ferroviaire pour éviter de nuire aux opérations de Rio-Tinto. Et pire encore, une minière peut tout aussi bien décider de s’installer sur la rive nord de la rivière Saguenay ou de ne pas choisir ce port.
J’ai une petite nouvelle pour vous : l’industrie lourde à toujours des besoins particuliers qu’il est illusoire de prévoir à leur place. Le transbordement du minerai des trains vers un navire est une opération très complexe. Pour éviter des investissements inutiles comme on en voit de ce temps-ci dans toute la province, le gouvernement aurait dû plutôt placer en fiducie les montants ci-dessus mentionnés pour répondre à la demande lorsqu’il y aura de vrais clients. L’installation de ces services exige beaucoup moins de temps que la construction d’une usine. Oui on peut se planifier mais on doit attendre le bon moment pour investir. Petite question : pourquoi devons-nous payer pour fournir ces services au lieu de laisser cette charge aux promoteurs?
Un endroit mal foutu.
Quels que soient les investissements engagés dans ce parc, il faut admettre que l’endroit est mal foutu et que les difficultés d’accès et les frais supplémentaires d’opération seront toujours un désavantage pour convaincre les entreprises minières d’utiliser ce site.
En passant, en 1926, lorsqu’il s’est agi de localiser son usine, Alcan a choisi un terrain approprié pour ce faire à plus de 25 kilomètres de son port de mer. Quelle est donc l’idée d’ériger un parc industriel limitrophe au port de Grande-Anse? On a fait de même pour le parc industriel aéronautique à l’Aéroport Saguenay-Bagotville. Après 12 ans, on attend encore le Messie.
Pour ce port il vaut donc mieux concentrer nos efforts pour attirer des entreprises dans le domaine des hydrocarbures et envisageons sérieusement La Baie comme terminal pour les produits miniers. Mais les citoyens de Port-Alfred seront-ils heureux de voir des tas de minerai remplacer les « pitounes » de la Consol?
(1) Historique https://www.portsaguenay.ca/fr/page/historique
(2) Port Saguenay a-t-il un avenir ? – Jacques Pelletier https://jacquespelletier.ca/chronique/port-saguenay-a-t-il-un-avenir/
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