Les propos de Luc Boivin sur l’itinérance sont déshumanisants et démontrent une incompréhension grave des enjeux sociaux
SAGUENAY, le 10 octobre 2025 – La Table de lutte contre la pauvreté (TLP) de Chicoutimi dénonce les déclarations du candidat à la mairie de Saguenay, M. Luc Boivin, concernant les personnes en situation d’itinérance, tenues lors du récent débat organisé par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.
Les propos de M. Boivin sont non seulement discriminatoires, mais témoignent d’une profonde méconnaissance des réalités de l’itinérance. À cet égard, Janick Meunier, directrice générale du Service de Travail de rue de Chicoutimi, a affirmé dans sa lettre ouverte dans le journal Le Quotidien : « Derrière chaque parcours se trouvent des réalités complexes : traumas, problèmes financiers, perte de repères, violence conjugale, santé mentale, institutionnalisation, dépendances, mais aussi résilience, courage et humanité. »
Selon le compte-rendu rapporté par la candidate Christine Basque et publié sur le média web Rue Morin.com, M. Boivin aurait avancé : « À 2600 $ par mois, par itinérant, on est mieux de les envoyer dans le Sud. Ça va coûter moins cher. Le problème des itinérants, c’est des gens qui vivent dans la marge et qui ne veulent pas se faire aider. La première étape, c’est un traitement adapté avec la justice d’impact. Un juge donne un traitement adapté à ces gens-là, avec un coup de marteau, pour obliger ces gens à se faire soigner. »
Une approche inhumaine et inefficace
Le candidat Boivin propose une approche d’obligation et de contrainte (« avec un coup de marteau, pour obliger ces gens à se faire soigner ») qui est contraire à toutes les pratiques reconnues en matière d’aide aux personnes vulnérables.
« Affirmer que les personnes en situation d’itinérance « ne veulent pas se faire aider » est un mythe dangereux et cruel, » déclare Marie-Christine Laforge, membre du comité de coordination de la TLP. « L’itinérance est le résultat d’un échec social systémique : pénurie de logements abordables, problèmes de santé mentale, dépendances, traumatismes et manque de services adéquats. Ce n’est pas une question de « vouloir » ou de « paresse », c’est une question de survie dans un contexte d’extrême vulnérabilité. Les propos de M. Boivin constituent un manque flagrant de respect et de compassion envers nos concitoyens et concitoyennes les plus fragiles. »
Le ton désinvolte, suggérant « d’ envoyer les itinérants dans le Sud », réduit la détresse humaine à une simple ligne comptable, ce qui est inacceptable pour quiconque aspire à diriger une ville.
Une Ville n’est pas une entreprise
Le rôle d’une administration municipale est d’assurer le bien-être de l’ensemble des citoyens et des citoyennes. L’approche de M. Boivin, qui semble vouloir gérer la ville comme un bilan comptable plutôt que comme une communauté d’individus, est particulièrement préoccupante.
« Une ville, ce n’est pas un compte de dépenses. Ce sont des personnes citoyennes. Le candidat doit comprendre qu’on ne règle pas des problématiques humaines complexes avec une seule solution coercitive » ajoute Simon J.A. Tremblay , membre du comité de coordination de la TLP . « L’itinérance exige une approche holistique, basée sur le respect, la collaboration avec les organismes communautaires et l’accès au logement social, et non sur la judiciarisation de la pauvreté. Saguenay mérite un leadership qui a une vision claire pour le développement économique et social. »
Appel à la sensibilisation
À la veille de la tenue de la Nuit des sans-abris, la TLP invite M. Boivin à rencontrer les organismes et les personnes sur le terrain pour mieux comprendre la complexité des enjeux humains avant de tenir des propos aussi blessants et déconnectés de la réalité. Nous demandons à toutes les personnes candidates à la mairie de s’engager à traiter l’itinérance avec dignité, humanité et des solutions sociales durables.
Soyez le premier à commenter