Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
Le charme est une notion étrangère aux urbanistes
-Daniel Pennac
Parfois c’est décourageant de les entendre. Qui ça? Tous ceux et celles qui pensent que modifier les habitudes des gens en ville risque de causer une commotion générale et un début de guerre civile.
Exemple : le projet après consultation de Mireille Jean de donner un peu d’air au centre-ville de Chicoutimi en aménageant une place de quiétude face à la cathédrale de la dite ville. Une idée toute naturelle qui va avec le désir de moins faire triompher à l’année longue les chars partout toujours. Mais, la grogne s’installe, les médias de droite aidant, le projet se fait encore une fois bombarder. Malgré le fait qu’ailleurs les espaces piétonniers dans les rues sont légions, à Rimouski, à Québec et à Montréal en nombre catastrophique comme diraient les usagers de la voiture solo.
Les arguments : c’est sur l’asphalte, un ilot de chaleur tout ça.
Ce n’est pas un projet pour fermer les rues de la ville, une fois pour toutes. C’est toujours une rue asphaltée la Racine mais on lui change l’allure quelques temps – surtout l’été – pour
permettre aux piétons et aux cyclistes (Chicoutimi est la seule ville où les vélos circulent à peine au centre-ville) de s’emparer un temps soit peu de l’espace urbain sans être obligé d’avoir quatre roues. La rue asphaltée peut redevenir territoire automobile n’importe quand.
C’est pour faire respirer tout ça. Si la chaleur est trop forte, le soleil trop cuisant, il y a des solutions, des parasols, des arbres qui vont finir par faire de l’ombre, des fontaines. Pensez-y un peu avant de tout jeter l’idée avec le bain.
Les arguments : ça va faire disparaître des stationnements.
Pour ma part, je pense que cet argument-là est le pire de tous. D’autant plus que c’est celui qui continue de bloquer toutes les intentions de changement dans nos villes de ce côté-ci du Parc. Les commerçants n’ont que cet argument à la bouche. Si vous nous enlevez des espaces de stationnement, on risque de faire faillite. Nos clients refuseront de se rendre chez-nous à pied, à vélo ou en trottinette. Ils veulent leur char à la porte de nos commerces, point final. C’et leur habitude, leur culture et rien ne pourra leur faire changer d’avis. Comme cette coiffeuse la semaine dernière qui a son salon face à la cathédrale qui semble avoir perdu deux têtes à coiffer. Ces deux têtes-là risquent tout simplement de faire avorter
Ce petit parc urbain momentané.
Pourtant elles pourraient marcher un peu, à deux pas de là il y a le stationnement à étages. Ce n’est pas une grande randonnée pour rejoindre la coiffeuse. Mais ici on dirait que si c’était possible, on voudrait que les voitures arrivent à se faufiler dans les salles d’attente ou dans le portique des commerces. Les gens – j’allais dire- les automobilistes ont peur des distances à pied. C’est sans doute les préjugés de l’heure qui les empêchent de faire les efforts, l’exercice quotidien des citadins des villes où le transport en commun, la marche semble nécessaire pour se diriger d’un point à l’autre. La voiture encourage la sédentarité, le surpoids et je dirais même la mauvaise humeur. On marche beaucoup plus dans les villes qui finissent par se passer de l’automobile.
Parmi ces fameux préjugés qui pendent au-dessus de la Racine mentionnons la présence des itinérants qui se multiplient durant la saison chaude donnant des maux de tête aux commerçants encore une fois qui voudraient que seuls les consommateurs aient le droit de cité dans leurs environs. Les gens d’ici, surtout ceux et celles qui n’habitent pas le centre-
ville de Chicoutimi ont peur des itinérants. Allez savoir pourquoi. Les sans abris ne mangent pas les passants. Ils circulent et cherchent à se mettre à l’abri.
Les arguments : ça va encore nous coûter une fortune ce parc piétonnier, oups pardon, ce bout de rue piétonnier.
Le mobilier de base (Table, bancs, tapis vert pour couvrir un peu l’asphalte, signalisation) et – il le faudrait- un point d’ancrage de vélos locatifs et le tour est joué. On respire un peu mieux. Ça ne peut coûter des millions$ comme le suggère un animateur de radio qui croit qu’en bas de ce montant, un projet urbain n’en vaut pas la peine. D’autant plus que le projet de Mireille Jean est étapiste, financé avec les fonds des élus et susceptible d’être ajusté en cours de route si vous me prêtez le clin d’œil.
Les gens ont peur que la ville s’endette encore avec des plans approximatifs. Mais c’est la seule façon – les rues piétonnières – de faire respirer les villes désormais et les citoyens qui y habitent et y circulent. La ville a besoin de monde pour la faire vibrer, respirer, s’épanouir.
Elle n’a plus besoin de stationnements et de voitures de plus. Ce n’est pas une grande rue la Racine. D’un bout à l’autre, la parcourir à pied, je dirais moi trois quarts d’heure de la cathédrale jusqu’aux lumières près des HLM. Pas plus. Plus de piétons, plus de petits commerces, des boutiques et plus d’endroits chaleureux où on peut respirer.
Les itinérants nous ont déjà donné la leçon de la bonne respiration en s’appropriant presque définitivement la place du citoyen.
Les arguments : les côtes de Chicoutimi sont des malheurs pour les piétons.
Ça dépend. Pour rejoindre le Vieux-Port à partir de cette place de la cathédrale, il y a plusieurs parcours. À droite, on peut rejoindre sans trop de dénivellement la promenade le long de la rivière. On répare actuellement le mur de pierres. C’est une piste cyclable et un sentier pour piétons mal exploités. On pourrait y installer des kiosques, des expositions.
Une cote, ça se découpe et on finit par l’oublier si les étapes sont bien dosées. On n’a pas besoin de toujours avoir recours à un triporteur pour monter une cote. La petite vitesse ça existe aussi pour la marche.
La place de la cathédrale fait déjà du surplace. Les gens se méfient des rues piétonnières.
On revient encore à la case départ.
Ici fermer une rue signifie l’arrivée des pompiers ou de la brigade anti-émeute. Cette semaine, on apprenait que les citoyens de la ville de Québec sont favorables à la piétonisation des rues du Vieux-Québec en saison estivale. Ici, il faudrait que certaines portions de rues des centres-villes (Chicoutimi, Arvida, la Baie, Jonquière) soient converties en espace piétonnier l’été.
On les remet rues complètes pour la circulation automobile l’hiver. Ce ne serait pas la révolution environnementale permanente. Juste une tentative de s’aider un peu avant que
La canicule nous frappe de plein fouet.
Avant qu’on se retrouve tous à prier à la cathédrale pour faire comprendre aux maniaques des chars de penser aux autres, ceux et celles qui ne roulent pas sur quatre roues. La marche, le vélo ça pourrait vous faire voir la ville d’un autre point de vue. Les itinérants connaissent beaucoup mieux la ville que vous, vous savez. Eux ils la marchent.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida sans rue piétonnière.
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