Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
L’hiver, cette saison de silence froid, mais aussi d’attente féconde.
Une saison en enfer
– Arthur Rimbaud,
Je me souviens. Il n’y a pas si longtemps. Un peu avant les Fêtes, je crois. Les lamentations étaient nombreuses. Elles reviennent souvent à ce moment-là. Les gens disaient, imploraient…« il n’y a plus d’hiver». Tout ça parce que la neige n’avait pas encore neigé. Les gens, les médias et évidemment la toile se plaignaient. Tous avaient encore peur de ne pas passer Noël sous la neige. Même ceux et celles qui s’en vont dans le Sud à chaque hiver pour tenter d’oublier qu’ils logent dans un pays nordique. Je m’en souviens très bien.
Les déneigeurs voulaient vendre leurs engins et se recycler dans la pelouse. Les centres de skis eux s’apprêtaient à entretenir leurs pistes cyclables douze mois par année. Les motoneigistes déprimaient et songeraient à vendre leur gros investissement sportif comme à chaque début d’hiver et à le remplacer par un sea doo. La déprime était totale.
Et le pire de tout, le comble des malheurs, on ne gelait pas. Et comme on ne gelait pas, la glace qui permet aux pêcheurs une prise miraculeuse sous elle, tardait à s’imposer sur nos cours d’eau. Plusieurs voulaient recycler leur cabane à pêche en cabane à patates frites. D’autres voulaient les transformer selon la mode courante en shoe house. Bref, les Saguenéens et les Jeannois filaient un mauvais coton contre l’hiver tardif.
Et soudain, les dramaturges du moment il y a deux semaines environ, je parle ici des météorologues, annoncèrent la bonne nouvelle. Ou plutôt deux bonnes nouvelles. Les deux tempêtes du siècle du mois de février s’en venaient. Elles arrivaient sans doute d’ailleurs, des Etats-Unis, du Golfe du Mexique qui n’existe plus, du Grand Nord canadien ou d’ailleurs. Peu importe, elles arrivaient. On était sauvés encore une fois.
Les chauffeurs d’autobus scolaires se sont mis à stresser. Je les connais. Il y a un qui reste près de chez moi. Il conduit son bus à 7 heures du matin. Reviens chez lui dormir jusqu’à 3 heures. Reconduit son bus une demie heure et reviens chez lui redormir. Mais c’est stressant ce rythme de vie. On peut lui imposer plus d’heures de conduite. Et, si la tempête s’annonce, on peut l’obliger à conduire quand même malgré les dangers de là route et la turbulence des élèves en temps de bourrasques. Quel métier exigeant surtout pour un retraité qui s’ennuyait trop pour rester oisif. Il aurait pu faire du bénévolat dans une soupe populaire. La neige est révélatrice.
Mieux vaut être plus prudent et tout fermer. Fermer les écoles, fermer les lieux de travail qui font encore du télé travail, bref, ne pas prendre de chances.
Quand les tempêtes du siècle s’annoncent, les villes paniquent. Les déneigeurs paniquent. Les policiers paniquent. Tout le monde panique. C’est la grande panique. Va-t-on s’en sortir? Que fera-t-on si la neige nous enterre? Le Parc va-t-il fermer plus que deux jours? Les dépanneurs resteront-ils ouverts? Va-t-on manquer de courant? Les gars de l’Hydro vont-ils en profiter pour exercer des moyens de pression? Les restaurant perdront-ils de la nourriture? Les enfants pourront-ils aller jouer dehors tout de même? Les rendez-vous à l’hôpital seront-ils reportés? Le spectacle de Michel Barrette au théâtre C (Auditorium Dufour) aura-t-il lieu quand même? Ainsi de suite. On a peur de rater sa vie et son hiver.
Mais c’est quoi au juste une tempête du siècle? Mettons les choses au point. D’abord, cette sorte de tempête-là arrive habituellement après une assez longue période de redoux. Le monde pense que l’hiver est fini et que bientôt faudra remiser ses robeurs d’hiver. Les nids de poule pullulent. La ville est satisfaite d’avoir économiser sur le grattage des rues principales et des quartiers blancs. Puis il y a l’annonce. Ce sera pire en ville, à Montréal, dans les grandes villes d’abord. Ici en périphérie, comme à l’habitude, on recevra le reste de la tempête du siècle. C’est toujours comme ça.
Quoique dans le Bas du Fleuve et en Gaspésie depuis quelques années, ils y goûtent dangereusement. Des amis de Rimouski pensent que l’hiver est installé chez-eux pour profiter du large et des marées. Mais ils font avec.
En ville, ils ne savent pas quoi faire avec la neige. Ils la remise on ne sait où. Parfois dans le fleuve. Je suis resté sur le Plateau Mont-Royal un temps. C’est vrai que là on perdait nos chars sous la neige. Pas ici, du moins pas encore. Ils ramassent la neige comme si elle était infectée. Parfois ils ramassent même les voitures qui ont oublié de disparaître ailleurs. Deux jours à l’avance, le monde se prépare. Pas d’école, faut placer les enfants quelques parts, les grands-parents sont à l’hôpital, délicat de leur refiler là, on opte pour le télé travail presque maintenant interdit. Mais, c’est tout de même la tempête du siècle. Toute la journée on surveille la météo. Encore une fois, on ne s’entend pas sur le degré du ressenti si le vent se met de la partie. Les paramètres se bousculent.
Puis elle arrive la fameuse tempête séculaire. En effet, il neige pas mal, il vente pas mal. Pas question d’aller pelleter. On pourrait se faire ensevelir sous la neige. Pas question de laisser les enfants s’amuser dans les bancs de neige. La souffleuse de la ville pourrait les manger. On reste en dedans et on attend. On attend que ça finisse. Puis le soir dehors, quand c’est fini, il ne fait pas si froid et c’est la plus belle merveilleuse soirée de l’hiver avec ces moutons, ces chameaux, ces éléphants, ces montagnes de neige neuve et fraiche. Quelques skieurs et raquetteurs en profitent pour ouvrir les pistes dans la coulée solitaire.
On remercie le travail de la première tempête du siècle qui sera suivie d’une autre, quelques jours plus tard. Beaucoup moins pire tout de même.
La ville dégage peu à peu les routes, surtout les routes principales puis certains trottoirs pour les motoneigistes. Ces derniers jubilent. Comme à chaque tempête du siècle, j’en profite pour prendre quelques photos des abris bus perdus dans la neige et encore une fois, après 3-4 jours, ils sont encore remplis de neige comme si les habitués du transport en commun étaient plus tolérants que les automobilistes. Un abri bus comme ça en ville et c’est une plainte à l’ombusman.
Par contre, on a déblayé les trottoirs assez rapidement pour une tempête du siècle.
La ville a émis un communiqué inusité interdisant aux enfants de creuser trop profond dans les bancs de neige et surtout ne pas s’endormir là. Deux Inuits en visite chez moi n’ont pas trouvé la ville très drôle leur interdisant de construire des igloos de démonstration en arrière de chez-nous. Il faudrait que les relationnistes de la ville s’informent avant de la présence des visiteurs nordiques dans notre belle ville accueillante avant de rédiger ces avertissements venus de nulle part. La prudence des autorités municipales déborde parfois.
La glace a fini par gelée et les pêcheurs de baleines et de requins du Groenland se sont mis à l’œuvre. L’hiver est enfin revenu. Ceux qui craignaient son départ définitif en sont quittes pour une autre belle frousse. Il y a tellement de neige sur les monts que la ville pense fêter la Saint-Jean sur ces hauteurs. Le sourire est revenu sur les lèvres des motoneigistes. Toutefois, le prix de l’essence continue de les tarauder.
Le budget du déneigement de la ville a fondu plus rapidement que la peur des centres de skis de voir le redoux leur rentrer dedans n’importe quand. Ma voisine qui surveille plus la météo que les agriculteurs et les camionneurs qui traversent le Parc 3 fois par semaine, appréhende un +5 celsius à l’horizon. Je lui ai recommandé de tenir ça mort. La neige rend tellement les gens heureux malgré les maux de dos et les crises cardiaques des retraités – sans oublier les ensevelis sous les bancs de neige – qu’il faut se garder une petite gêne. L’hiver finira par perdre patience et gagner le sud comme les séniors.
On a toujours des problèmes avec les saisons. On pense toujours pouvoir les programmer. C’est plus compliqué. Elles se balancent royalement de nous tous. Elles fonctionnent à leur rythme. Respectons-les. Heureusement, Trump n’a aucune prise sur elles. Ce sont peut-être nos alliées pour lui transmettre un coup de froid lors des tempêtes du siècle. Je l’inviterais dans mon igloo si la ville lève ses interdictions.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida sous la neige, dans la rue Powell
Le trottoir face au rond de patinage est disparu sans avertissement
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