La visite d’ailleurs ou ailleurs

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Les visites font toujours plaisir, sinon en arrivant, du moins en partant.

  • Pablo Picasso

L’été, ici comme ailleurs, c’est souvent le temps de la visite. On va voir les autres, les autres viennent nous voir. Pour ma part, ça s’est passé comme ça cet été. D’ailleurs ça se passe souvent – pour ne pas dire toujours – comme ça.

On arrive à la fin de l’été et on se rend compte qu’ils se ressemblent tous les étés, mise à part la montée progressive de la canicule.

Quand les autres viennent nous voir, qu’est-ce qu’on fait ici de ce côté-ci du part des Laurentides?

On leur montre nos plus beaux côtés. On exagère un peu. C’est normal. On n’a pas l’intention de passer pour des reculés d’un autre monde. On vise l’originalité, l’inédit, le pas pareil qu’ailleurs.

Un neveu de Lévis avec ses enfants qui jouent au baseball sont venus passer la fin de semaine ici pour participer à un tournoi. Je ne vous dis pas pourquoi mais ils n’étaient jamais venus ici. Bref, je m’en suis occupé moi et ma blonde comme du monde.

Il fallait que je leur résume l’essentiel de mon territoire. Je suis allé les photographier devant la maison où je suis né à Kénogami sur la rue Damase.

On a fait le tour de la Rivière-aux-sables. Ils ont bien aimé Jonquière autour de la rivière. On a visité rapidement à mon goût – mais ça n’a pas paru – la bibliothèque Hélène-Pedneault et celle d’Arvida. Ils ont eu droit un cours sur le rôle de l’Alcan lors de la seconde guerre mondiale. Je suis allé à l’essentiel encore. Les flos trouvaient que le carré Davis et le centre ville de Kénogami ressemblaient aux petites villes qu’ils visitent l’été dans le Maine. Ils jouaient au baseball au stade de Kénogami. Ils se sont baignés à la nouvelle piscine tout près. Ils ont trouvé ça beau comme complexe sportif et les moniteurs chaleureux.

Chez moi je leur ai fait visiter notre vieille coop d’habitation qui tient le coup  depuis 1943.

Je me suis tapé cinq parties de baseball de 7 manches sur un madrier qui sert de banc. Ils étaient surpris et heureux du menu de la cantine qui offrait de la tourtière mais pas de hot-dogs . Bref, ils ont tous été dépaysés. C’était pour moi le but de l’exercice.

Ils sont partis le dimanche soir à 20h30 après une défaite en finale. Mais ça ne semblait pas les atteindre trop.

Ils ont promis de revenir encore plus nombreux avec les sœurs et les frères qui n’avaient encore jamais mis les pieds au Saguenay. En octobre, le plus vieux vient jouer au football à Alma. On a déjà des plans de visites rapides des lieux.  Je me remets lentement de ma visite. J’ai surtout mal aux fesses.

Les enfants étaient si curieux et si gentils. Mes blés d’Indes, ma tourtière et mon clafoutis aux bleuets y sont sans doute pour quelque chose.

Qua d la visite vient nous voir, on sort le grand jeu. On exagère. Mon neveu m’a demandé qu’était devenu le fameux maire Tremblay? Je lui ai répondu qu’il a été remplacé par une mairesse qui amuse autant la galerie que lui et qu’on devrait bientôt utiliser son nom pour identifier une place publique ou un parc. Moi je suggérerais Place du citoyen occupé depuis son départ par les itinérants.

Ça pourrait s’appeler Place des itinérants Jean-Tremblay.

L’été donc les autres viennent nous voir et on va voir les autres.

Moi je vais souvent du côté de Rimouski. Des amis avec qui je faisais du syndicalisme jadis enseignaient au cégep. Pas mal de chums inspirés là. Des anciens granos qui militaient pour toutes les causes. Certains sont décédés. Je vais voir leurs enfants aujourd’hui. J’aime Rimouski. Les gens là-bas ont une belle proximité avec le fleuve. Une piste cyclable part du centre ville et se rend  À des milles plus loin sur la plage de Ste-Luce-sur-Mer. Ce n’est pas une belle plage (que des cailloux) pour se baigner dans le fleuve, mais le fleuve est beau et ses couchers de soleil nous suggèrent qu’on est ailleurs.

Ce que j’aime en allant à Rimouski c’est le nombre de poissonneries qu’on croise le long de la route (ex. les trois fumoirs en face de l’Île Verte) et ce fleuve qui change de couleur au gré des jours.

Je vais aussi à Riki pour rattraper la dernière édition papier du Mouton Noir, un journal indépendant qui survit encore depuis 29 ans. C’est la bonne source pour prendre le pouls des humeurs des militants et des artistes de ce coin de pays.

Au retour, si les VR et les camions ne sont pas trop nombreux, on peut prendre le traversier de Saint-Siméon sans attendre une journée pour voir le fleuve de plus près. Mais l’été, le traversier est plutôt achalandé et on prend une chance pour faire le petit tour de bateau.

Quand on va voir les autres, on s’adapte à leurs attentes. On les dérange souvent quand ils travaillent encore. Faut se faire discrets. Faut surtout composer avec les touristes d’ici et d’ailleurs. Je déteste les touristes qui prennent trop de place avec leurs roulottes, leurs VR, leurs maisons qui trainent derrière leur pickups. Les touristes qui veulent tout voir dans la même semaine et qui chauffent comme des fous sur les autoroutes, déluge de pluie ou pas.

Bref, l’été les autres viennent nous voir, on va voir les autres. Parfois, on ne fait ni l’un ni l’autre. C’est aussi enrichissant. On les regarde se déplacer, se diriger dans toutes les directions. Remplir jusqu’au bord les terrains de camping pour se donner l’illusion qu’ils voyagent sur place. Qu’ils sont de la visite pour tout le monde. Tassés comme des sardines près des voisins qu’ils ne verront plus de leur vie. Sniffant tous le même barbecue.

J’aime la visite comme dirait Picasso, mais quand elle repart chez elle, je ressens comme une sorte de soulagement. J’imagine que c’est le même soulagement que ressentent mes amis ou mes parents quand je leur rends visite. Faut aimer la visite avec ménagement. Été comme hiver. Sans doute pour mieux apprécier son absence.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida,
En visite chez lui

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