Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
Élections : piège à con
-slogan de mai 68
On a vraiment l’impression que cette élection municipale à Saguenay sera la Der des Ders, la dernière des dernières (Formule évoquant le ras-le-bol de la population après les tueries de la première guerre mondiale, 1914-18) pour tout réparer et repartir à neuf. Ce courant-là est dans l’air. Les efforts de tous les côtés donnent le ton. Les candidats et candidates semblent tous et toutes sur le pont du Titanic ou désireux de sortir des tranchées. On les entend clamer haut et fort :« il y a quelque chose de pourri dans ce royaume». Et, on s’en doute, les couteaux risquent de voler très bas. Surtout avec l’arrivée sur le tard de l’ex-ministre des affaires municipales qui vient brouiller les cartes et ajouter une couche de plus à notre brume municipale. La matante qui arrive sur le tard avec son «expérience».
Ça se révèle dans les programmes, dans les discours, dans les slogans même. La candidate favorite dans les sondages entend couper son salaire de 10% pour contribuer à éponger le déficit de la ville. On sait qu’avec sa pension d’ancienne ministre elle devrait tout de même être capable de payer son 4 et demi à Chicoutimi. Mais passons sur les différentes classes sociales qui s’opposent dans cette élection à la mairie de Saguenay. Soyons positif au lieu de ronronner sur les mauvais coups de tout le monde.
Je disais donc que les slogans semblent avouer l’urgence de sauver les meubles de la ville.
Vérifions donc.
«Ensemble, prenons soin de Saguenay»… vocabulaire médical ici. La ville est mal en point. En phase plus ou moins terminale, peut-être. Transformons-nous tous en médecins ou en sorciers pour lutter contre ses cancers, ses plaies vives qui nous la rendent contagieuse et sans doute maudite.
«Regardez en avant, pour avancer maintenant»… avertissement sur le même thème. La ville fait du surplace. Il est grand temps d’oublier le passé et d’imaginer l’avenir à tout prix. Ça urge semble dire la formule. Vivement l’uchronie. Imaginons le climat différent.
«Saguenay, fière à nouveau»… ici j’ignore où le candidat à la mairie a trouvé cette fameuse fierté d’antan. Dans ce temps, on ne parlait du Saguenay ailleurs qu’ici seulement quand le maire amuseur public faisait, une fois de plus, un fou du roi de lui-même. En gros, notre fierté nous manque, mais pas celle de l’ancien régime.
«Pour un avenir meilleur, vivre ensemble autrement»… encore une fois, faisons une croix ou deux sur son passé. C’est aussi un rappel des mauvais coups de la ville, de son passé catastrophique. Mais on est loin ici d’un slogan racoleur. On n’est pas loin de mai 68…
«Avec vous, pour vous»… là ça veut à peu près rien dire. On dirait un slogan de bière, ou de voiture de l’année. Une contribution sans doute au vouvoiement souhaité de plus en plus par l’ex-ministre de l’éducation. Ou encore un clin d’œil à l’attachement de la candidate aux bonnes manières de la classe dirigeante dont elle est issue.
«Du courage, des idées»… avant que le bateau encore une fois sombre. Là encore on demande à la population de faire un effort pour redresser les choses, ne pas perdre courage, croire au lendemain meilleur, plein de promesses. Ne pas s’avouer vaincue. Comme si la pente devenait plus abrupte d’année en année. Là toujours les efforts nécessaires pour mater ce monstre municipal.
Mais au-delà des slogans et des promesses, la ville reste la même. Emportée constamment par ses querelles, ses poursuites, ses débats souvent inutiles qui découragent le commun des citoyens qui observe de loin, sans doute de trop loin, cette boite de pandores (Le nom de la première femme mortelle de la mythologie grecque…puis le vase d’où s’échapperont tous les maux de la terre). Ça vous dit quelque chose, cette référence littéraire…
Mais passons aux choses plus sérieuses.
Ils veulent tous et toutes devenir maire de cette ville ingouvernable. Ils sont plus nombreux qu’à l’habitude. Les intempéries déjà connues ne les effraient pas. Au contraire, ils et elles veulent tout recommencer à zéro, ou presque. Ils en font la promesse. D’entrée de jeu, ils veulent tous redresser les finances de la municipalité au déficit avoué, trouver les investisseurs qui nous enrichiront et permettront – tiens, air connu – peut-être de réduire les impôts. Faire tomber la richesse sur cette ville de plus en plus pauvre. Encore une fois, ce sont d’abord les administrateurs, les bons gérants de caisses pop qui s’affichent, les membres de chambres de commerce. Si on a vendu du fromage à la tonne, on peut vendre une ville qui sent fort. Si on a été ministre adéquiste, on peut recommencer à zéro malgré son bilan catastrophique.
Pas de vision d’ensemble, par de projets novateurs pour transformer la ville, rien ou presque sur la nécessité de transparence de cette ville. Comme dans les autres villes maintenant, les thèmes qui s’imposent avec ces sondages qui dictent la donne, on veut mieux loger les citoyens qui n’arrivent plus à le faire sans se ruiner et surtout, on veut s’occuper des itinérants qui n’existaient pas de ce côté-ci du Parc, il y a quatre ans.
Vont-ils parvenir à trouver des solutions à ces «problèmes» passagers ou se contenteront-ils de les pelleter dans la cour des autres gouvernants? Tout le monde sait que l’itinérance découle de la difficulté sans nom de se loger quand les revenus ne suffisent plus. On propose de construire des appartements abordables qui ne le sont pas pour les citoyens à faible revenu. Là encore la ville laisse le choix aux entrepreneurs de régler ce problème au lieu d’y mettre les moyens, l’énergie et l’imagination pour rendre le logement accessible. Les policiers et les brigades de rues feront le reste, c’est à dire, les dissimuleront dans les garde-robes de la ville.
Mais cette élection va surtout favoriser des règlements de compte entre certains candidats et candidates qui luttent pour leur survie et leur ambition souvent démesurée. Les couteaux vont voler bas. Les candidats et les candidates qui méritent qu’on les écoute risquent d’être enterrés sous la cacophonie des «rien à perdre».
Il y a pourtant dans cette élection des candidates et des candidats à la mairie et dans les arrondissements des très bonnes personnes remplies de bonne volonté. Mais encore une fois les sondages et les gérants d’estrades ne font pas souvent la part des choses. On dirait que dans cette ville, on n’arrive pas à trouver de consensus sans déchirer sa chemise et celles des autres.
Le nombre inquiétant de candidats à la mairie n’est pas nécessairement un gage de bonne démocratie ou de ferveur au combat. Ça risque de mêler davantage les enjeux. Ce qui sortira du lot c’est une certaine conviction que, dans cette ville, les nouveaux enjeux collectifs sont encore mal définis.
Citons François William Croteau dans une chronique récente dans Le Devoir (Nos villes au front, sans électeurs) qui sait mettre les pendules à l’heure municipale : «les villes ne sont plus de simples intendants de nos trottoirs enneigés : elles sont les architectes de notre avenir collectif. Ce sont elles qui, chaque jour, doivent concilier urgence climatique, inclusion sociale et qualité de vie dans nos quartiers».
Nos candidats et candidates parleront-ils de notre avenir collectif dans leurs sorties publiques?
La candidate en avance qui vient d’être couronnée par un sondage définitif n’est pas reconnue pour lutter contre les changements climatiques et la qualité de vie des quartiers. On ignore encore ses priorités à part le fait de se distancer de son passé caquiste et de protéger les élus contre les insultes dans les médias sociaux.
Mais encore une fois les électeurs risquent de sauter leur tour tant l’indifférence et le ras-le-bol des conflits personnels sans fin minent leur intérêt pour leur ville. La campagne les fera peut-être réagir. Laissons la aller encore un peu. Il reste un couple de semaines. Tout n’est pas si noir. Donnons la chance aux surprises et aux revirements.
La candidate favorite qui mène allègrement dans les sondages- parce qu’elle est la saveur du mois- devrait tout de même afficher une certaine modestie. Au provincial, durant le régime adéquiste, elle suivait religieusement les diktats du pm qu’elle a abandonné pendant la tempête. Qui va lui dire quoi penser, quoi faire au municipal? Ses électeurs qui l’admirent et la croient inspirer? Il lui faudra une bonne étoile pour la guider dans cette tempête municipale qui l’attend.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
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