Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
Influence : action qui s’exerce entre des personnes ou des substances.
– dictionnaire Littré, 1872
J’ai toujours eu des problèmes avec ce terme qui désigne une personne qui cherche à répandre ses idées sur plus de monde possible. À la limite, leur vendre quelque chose, si possible lui-même. Avant, les jeunes voulaient devenir pompier, police ou joueur des Canadiens s’ils en avaient le talent. Maintenant, ils veulent être humoristes ou influenceurs ou influenceuses. L’époque est ainsi. Les médias sociaux ont engendré ce drôle de métier consistant à se prendre pour un ou une autre.
Je n’arrive pas à m’expliquer que n’importe qui, souvent une personne sans aucune envergure et vide de rien sinon des rumeurs publiques et des tendances de l’heure, devienne du jour au lendemain quelqu’un d’influent, de porteur de vérités grosses comme le bras, et à la limite de sagesse universelle.
En d’autres mots réservoir de vérités et de conseils incontournables.
Non, il y a quelque chose de pourri dans cette société-là. D’autant plus que le modèle en question se répand à l’échelle de la planète. À vous donner froid dans toutes les articulations et le dos. Les influenceurs pullulent. Ils interviennent dans toutes les sphères de la société. Les plus reconnus demeurent à Dubaï et circulent dans leur propre jet.
On les envie, on les admire. On célèbre leur réussite. Certains, par exemple, vont vous conseiller sur vos investissements, surtout si vous êtes à peu près pauvres comme Job. Ils sont prêts à parier que vous pouvez devenir riches comme un humoriste québécois qui vend son ancienne demeure sur le net 5 millions$ dans un coup de baguette plus ou moins magique. Ça aussi je n’arrive pas à m’expliquer que les humoristes d’ici ont souvent le même salaire que les médecins ou les avocats. C’est sans doute les contrats de pub qu’ils dénichent à droite et à gauche, surtout du côté des supermarchés qui en ont besoin pour nous vendre leurs légumes à un prix de fou. Ah, je m’éloigne de mon sujet principal.
J’y reviens à la course.
Je disais que tous les domaines sont envahis et recyclés par ces fameux influenceurs. Par exemple, les spécialistes du fitness. Surtout des femmes, parfois des hommes. Ils vous vendent que la taille de guêpe est à la portée de tout le monde. Que les pectoraux hypertrophiés vous attendent. La plupart du temps, les Influenceuses surtout sont découpées au couteau. Elles ont passé on ne sait de fois chez les chirurgien plastique pour ressembler à Wonder Woman ou à Hulg Hogan. Leur objectif c’est de vous laisser croire que n’importe qui peut le devenir. Quelques produits, des lectures appropriées et surtout une fidélité virtuelle à l’influenceuse en question. Car, dans ce beau monde, tout est une question de fidélité, de suivi, de longue et haute fréquentation.
Les influenceurs et euses sont évalués de cette façon. Plus on les fréquente, plus les réseaux sociaux les rémunèrent. C’est aussi niaiseux que ça. Ils répètent cent fois mes mêmes conneries ou les mêmes absurdités et le tour est joué. Les voilà conquis, célèbres, riches et puissants.
Dans le fond c’est la même méthode que Trump utilise pour rester au pouvoir. Tu répètes cents fois le même mensonge et ça finit par devenir une sorte de vérité malgré elle. Les influenceurs fonctionnent ainsi.
Ce qui est un peu inquiétant toutefois c’est que ces gens-là, les influenceurs ont envahi de plus en plus la sphère politique. Avant, ils se limitaient à marauder dans le milieu commercial, culturel ou économique, sans oublier le divertissement. Maintenant, ils se prennent pour des conseillers politiques, journalistiques et religieux.
Le virage n’est pas banal. Il est même catastrophique. À la Maison blanche, les journalistes des médias traditionnels- les vrais- sont remplacés par les influenceurs qui oeuvrent dans les médias sociaux et ne connaissent à peu près rien de l’information et de la politique. Ils et elles deviennent les porte-voix des pouvoirs en place qui les considèrent comme des informateurs crédibles. Ils sont souvent aussi des instigateurs de mouvements politiques divers, radicaux, la plupart du temps, vous le devinez, de droite. Car le temps et l’époque et au pouvoir de droite, surtout au USA et un peu partout sur la planète. Autant en Amérique qu’en Europe. Sans compter l’Asie, l’Afrique, la Chine, l’Inde, j’en passe. J’ai oublié la Russie.
Les influenceurs ont donc la parole haute et forte.
C’est loin d’arranger les choses. Les influenceurs politiques avec l’assassinat de Charlie Kirk vont passer à la vitesse supérieure. Le capital de sympathie est une donnée assez tordue en politique. Trump, le parti républicain et évidemment des influenceurs de la trempe de Kirk (raciste avoué, sexiste, anti avortement, féru d’armes à feu, catholique presque fanatique, anti immigrant, et pro Trump à en déchirer sa chemise) sont à la chasse aux gauchistes. Kirk, surtout enrichi par son militantisme et ses influences auprès d’une certaine jeunesse américaine et du pouvoir trumpiste marquent des points avec ce drame. Ils ne l’ont pas causé, ni provoqué. L’Amérique se nourrit de ce genre d’action violente. Les loups solitaires se défoulent les uns après les autres, les armes à leur portée pour le faire. Dans ce pays, on ne discute pas, on s’entretue quand on diverge d’opinion et de valeurs. Reste à savoir comment les acteurs politiques américains et les groupes de pression de droite réagiront. Mais au départ, les influenceurs jouent un rôle déterminant. Ils mêlent les cartes et cette fois-ci politiques. La semaine dernière, un sénateur républicain proposait qu’on classe comme groupe terroriste les trans. Ils ont une définition plutôt large d’un groupe de militants de gauche.
Tant qu’à mêler les cartes…
Les influenceurs nous font la vie dure. Ils ne s’en rendent même pas compte. Ils et elles vivent dans une tour d’ivoire. Quand ils ont fait leur plein de likes, ils sont ailleurs. Tout leur est permis pour arriver à leurs fins. Et leur fin c’est eux-mêmes. Leur apothéose sur les médias sociaux. Avant ceux-ci, ce n’était pas possible d’atteindre aussi rapidement une telle notoriété au-delà de toute attente. C’est le gain, le pouvoir, le fric qui les motivent et les poussent à aller plus loin. À tenter des choses, n’importe quoi. Et le plus malheureux c’est que la masse d’internautes suit sans dire un mot. Les approuvent, les financent, prient pour eux. Tombent dans leur panneau.
Ils prennent sans doute la place des curés dans une autre vie antérieure, celle du début du siècle ici et ailleurs. Quand les porteurs de soutanes prenaient toutes les décisions à notre place et faisaient peur au monde qui contestait les idées reçues et le petit catéchisme. On s’est libéré très difficilement des curés et de leur influence et voilà qu’ils reprennent du service dans certains pays comme celui de Donald Trump qui n’a rien à voir avec un fervent croyant. Il est peut-être le contraire. Son passé le condamne aux pires excès d’un sexiste qui se prend pour un tombeur depuis toujours. On sait ce qu’il pense du rôle des femmes dans la société et en politique. Un peu comme l’influenceur assassiné récemment il milite pour leur retour au foyer. Bientôt, ils leur retireront le droit de vote.
À mon avis, les influenceurs ne nous sauveront pas de la catastrophe appréhendée qui nous pend au bout du nez. Catastrophe culturelle et environnementale. Ah, j’ai oublié de souligner que les influenceurs et les influenceuses sont des autodidactes qui détestent l’éducation, les écrivains, les artistes et la science. Ils et elles croient qu’en la science infuse. Beau programme. L’individualisme d’abord. Pour eux et elles le collectif c’est la masse qui veuille bien les suivre comme des moutons de Panurge. On n’est pas loin du petit Saint-Jean Baptiste.
n.b. dans ma chronique de la semaine dernière sur la chronique, j’ai oublié deux chroniqueurs qui me font du bien, Josée Blanchette dans le Devoir du vendredi, journaliste touche à tout qui n’a peur de rien et Robert Lévesque, magistral lecteur qui chronique dans quelques revues dont Les libraires. Il dirige une collection au Boréal où l’on trouve des recueils de ses chroniques. Il a travaillé au Devoir et à Québec-Presse quand Réjean Ducharme y séjournait comme correcteur. C’est dit.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
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