Chronique de Madame Valérie Mvogo Balla, fondatrice de Divers’icitte Conseil
C’est la première fois qu’on me confie une chronique sur la diversité au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Je suis excitée, bien sûr, mais aussi un peu nerveuse: j’ai treize ans d’expérience ici, et tant à partager en quelques lignes.
Vivre et œuvrer dans une nouvelle culture, c’est confronter des regards parfois hésitants, des portes qui se ferment sans explication. Mais j’ai découvert qu’il existe autant de portes ouvertes – et de manières de les franchir. Refuser de rester dans une posture de victime, c’est choisir d’agir, de créer du lien.
Je pense à ma première voisine, Manon. Sans prétention, elle m’a invitée à une dégustation de blé d’Inde et m’a offert du melon d’eau. J’étais toute excitée à l’idée de goûter des mets québécois exotiques… pour finalement découvrir qu’il s’agissait de maïs et de pastèque ! Ce jour-là, j’ai appris que l’accent ne se trouve pas que dans la voix, mais aussi dans les mots. Sa curiosité et sa bienveillance ont été un premier pont vers ma nouvelle terre d’accueil.
Je revois aussi mon étonnement lors d’une partie de pêche blanche en 2013 à La Baie. Toute fière de mon organisation, j’avais emporté une glacière électrique pour conserver le poisson… sans réaliser que les cabanes étaient carrément posées sur la glace ! Frigo grandeur nature inclus, merci l’hiver québécois. Ce jour-là, j’ai compris que parfois, mieux vaut observer un peu avant de vouloir trop bien faire.
Et des malentendus culturels, j’en ai eu ma part ! Comme cette fois où j’ai dit à mon superviseur, tout sourire, qu’il n’avait pas bronzé pendant ses vacances dans le Sud. Silence gêné. Ce que j’ignorais totalement, c’est qu’ici, un bon bronzage est un signe de détente et d’activité extérieure. Alors qu’au Cameroun, dire à quelqu’un qu’il a bronzé revient… à lui lancer une petite insulte. Disons que ce jour-là, j’ai bronzé en gêne ! Chaque maladresse m’a appris à mieux décoder mon nouvel environnement – et à rire de moi-même en chemin.
Ces petites histoires, drôles ou touchantes, ne sont pas de simples souvenirs. Elles sont le reflet des ajustements silencieux, des efforts invisibles et des ponts qu’on bâtit, jour après jour, pour mieux vivre ensemble. Elles me rappellent que l’inclusion, ce n’est pas une grande politique abstraite. C’est une série de gestes concrets, de maladresses assumées, de curiosité partagée.
C’est cette richesse relationnelle que j’apporte aujourd’hui dans mes formations : des outils bien ancrés dans la réalité, nourris de terrain et de vécu, pour aider les organisations à transformer les différences culturelles en leviers d’innovation, de collaboration… et de performance.
Car en Éwondo, ma langue maternelle, on dit : « Mod n’ye anë akuma » – « l’être humain est la richesse ». Et cette richesse, ce sont les gens. Les relations. Le lien humain. C’est là que tout commence.
Ces anecdotes nourrissent aujourd’hui mon travail de consultante : elles guident mes formations et mes interventions en entreprise et dans le milieu, où j’accompagne équipes et directions à transformer les incompréhensions en leviers de performance collective.
Et si, dans votre équipe, votre « Manon » devenait un vecteur de changement positif ? Il suffit parfois d’une personne attentive pour transformer tout un climat de travail.
3 manières de prendre ta place ce mois-ci
- Participe à un événement local : Festival des Rythmes du Monde, activité citoyenne… Ta présence crée déjà du lien.
- Implique-toi dans un comité : parents, étudiant·e·s, quartier… C’est là que naissent les vraies opportunités.
- Discerne ta ou ton « Manon » : un·e voisin·e, un·e collègue, une intervenant·e ; échange, pose des questions, fais-toi accompagner.
Changer notre regard commence par des gestes simples. Et toi, quel premier pas feras-tu ?
Valérie Mvogo Balla, Ph. D.
Divers’icitte Conseil
https://www.diversicitte.ca/
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