Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
Police : a toujours tord.
-Gustave Flaubert
Ça m’est arrivé récemment, pour le vrai. Deux policiers en gros pick-up noir et blanc m’ont remis un «constat d’infraction » de 140$. J’étais à vélo. Voici ce qui s’est passé. Je n’invente presque rien.
C’était un lundi matin de bonne heure, vers 8h30. Il ne pleuvait pas, mais c’était un peu frisquet. Je faisais comme à l’habitude ma routine de runne que je fais depuis des années
Sur la piste cyclable. Mais pour s’y rendre, faut nécessairement traverser des voies achalandées de voitures. Depuis des années donc, au printemps j’ai hâte de recommencer ma runne qui me met en forme pour faire le tour de l’île de Montréal (50 kilomètres et plus) au début de juin.
Ce matin-là , ça ne s’est pas passé comme à l’habitude.
J’ai traversé la route achalandée à mon endroit habituel, pas à la lumière. J’ai attendu au terre-plein que la voiture passe avant de m’engager. La voiture c’était le pick-up noir et blanc des policiers qui m’ont laissé passer. Mais pour ensuite me rejoindre près de la piste cyclable.
Ils m’ont interpellé. Je me suis arrêté par curiosité. Celui qui chauffait et qui semblait mener la barque du duo m’a parlé assez fort.
«Monsieur- il s’est aperçu que j’était plus âgé que lui- c’est dangereux ce que vous venez de faire. On aurait pu vous passer dessus. On ne traverse pas n’importe où en vélo. Vous l’ignoriez? On traverse à la lumière.»
« Je sais, mais j’ai toujours fait ça. Mais je surveille les voitures et jusqu’ici, rien ne m’est arrivé».
Là, sans trop savoir pourquoi, je repars à vélo…
Oh, le policier n’est pas content… Il manque de sortir du pick up et de me courir après.
«Quoi, tu veux t’enfuir?»
Rapidement je me dis, il ne file pas lui, il pourrait me tirer dessus si ça va mal dans sa vie… J’arrête et je ferme ma gueule…
Son confrère qui n’a pas encore dit un mot réplique : « Tout est légal jusqu’ici, mon confrère fait son travail. Je n’ai rien à lui reprocher. Vous n’auriez pas dû vous enfuir. Restez près de la voiture, je vous prie».
Calvaire, je suis à vélo, ils sont en pick up. Mal pris, ils peuvent sauter sur la piste cyclable ou me courir après. C’est des flos, je suis tout de même un sénior.
J’ai envie de dire des choses, mais je me dis, il file mal lui. Fermes ta gueule Pierre. Et là j’attends sans trop bouger. Il y en a qui ne sont pas nés pour dominer.
Le chauffeur pompé me dit que j’aurais dû travers la rue achalandée à la lumière. Je ne l’ai pas fait, je suis fautif. Et là, il s’enferme dans le pick up avec son ordi pour – je pense- rédiger ma contravention.
Pas de première avertissement, pas de conseils chaleureux, pas de conversation civilisée, que le blocage du policier qui exerce son autorité totale à 8 heures 30 le matin, un lundi. Ça dure au mois 20 minutes sa rédaction. Il pioche sur son ordi, il a l’air de trouver ses mots, de chercher quelque chose. Plus tard, dans le constant, je lis une phrase qu’il a fini par dénicher au hasard sur le code de sécurité routière qui ne correspond pas du tout à ce que j’ai fait ce matin-là. C’était sans doute sa première contravention qu’il rédigerait pour un cycliste fautif. Ça paraissait dans son ton, ce gars-là ne faisait pas beaucoup de kilomètres à vélo par année, malheureusement pour lui.
« Description de l’infraction : cycliste quittant une propriété privée pour traverser un chemin public, n’a pas cédé le passage au véhicule.»
C’est pas conforme ça. J’était sur le trottoir (par sur une propriété privée) et j’ai cédé le passage au véhicule de police (j’était arrêté sur le terre-plein et j’attendais qu’ils passe pour traverser). Donc, j’aurais pu contester ma contravention, me prendre un avocat, le mener en Cour suprême peut-être. Mais j’ai accepté de la payer sa contravention parce que c’est vrai, c’est dangereux de traverser ailleurs qu’à la lumière une route achalandée. (Et puis mon argent va sans doute servir à payer les frais d’avocats de la Ville et sans doute aussi le temps supplémentaire des policiers comme eux.) Mais, même à la lumière, on peut facilement se faire happer par un chauffard qui décide de passer sur la rouge. Le danger existe là aussi. En vélo, ici particulièrement dans notre région le danger s’invite partout. Les cyclistes savent ça. Pas toujours les policiers.
Pendant que j’attendais ma contravention, le compagnon de mon policier sur les dents ne cessait d’affirmer que tout était en règles et que son confrère a le droit de me remettre un tel constat d’infraction. Il insistait pour me dire que c’est le travail des policiers de nous protéger et de nous avertir des dangers de la route. Il faisait semblant d’appuyer le saut d’humeur de son coéquipier le mors aux dents.
J’avais vraiment envie de parler mais je fermais ma gueule. L’écrivain du constat semblait piocher tellement sur son texte, que j’avais envie de lui aider. «j’ai une facilité à écrire n’importe quoi. Je peux t’aider sinon tout seul tu n’y arriveras jamais?»
J’avais vraiment envie de parler. Mais, dans ces situations-là, on ne parle pas aux policiers. Ça les allume encore davantage. À la limite il aurait pu saisir mon vélo et me conduire au poste. Il y a des limites à tenter le diable. J’avais même pas déjeuné.
J’ai fermé ma gueule. Ce flic-là n’était pas vraiment parlable. Il était 8 heures 30 le lundi matin et il était dans tous ses états. Je pense que son confrère s’en méfiait un peu. Je vous dis, quand j’ai fait semblant de me sauver en vélo, il a ouvert la porte du pick up et il avait l’intention de m’arrêter pour le vrai, à la limite, de me tirer dessus. Il confondait peut-être mon vélo avec une arme contondante.
Ce gars-là ne devrait pas patrouiller le lundi matin de bonne heure. C’est un danger public. Je roulais mollo sur le trottoir, je traverse la moitié de la rue et j’attends que le pick up noir et blanc passe et là, le chauffeur perd les pédales. Me prend pour une récidiviste. Je ne suis par All Boivin. Ce dernier roule peut-être à vélo sans que les policiers le sachent.
Pour faire une histoire courte, j’aurais aimé qu’un policier à vélo me donne une contravention. Pas deux policiers en pick up noir et blanc dont l’un n’était pas trop sûr de la sanction.
Le féru de la culpabilité, le policier de mauvaise humeur– je me souviens- avait un prénom qui commençait par K comme dans la Métamorphose ou le Procès. Ce matin-là je me sentais un peu comme un personnage kafkaien, dans un scénario absurde. Je voulais juste repartir en vélo sans ne devoir parler à personne. Peut-être qu’au cégep, cet agent de la maréchaussée avait-il mal digéré Kafka? Pourtant ce dernier adorait faire du vélo. On connaît mal ses classiques.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
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