La culture contre Trump

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

-Un homme sans culture ressemble à un zèbre sans rayures.
Paul Valéry

Revenons à nos moutons. Les élections n’ont rien réglé comme à l’habitude. Mais au moins Poildelièvre s’est creusé quelques gros nids de poule. Les Québécois qui ont voté pour le parti libéral pour contrer les Conservateurs se sont trahis disent les Bloquistes purs et durs. Ces derniers attendent la balance du pouvoir par la malle. On verra pour la suite. Revenons à notre mouton.

Donald Trump me semble le contraire d’un homme cultivé. C’est son plus gros défaut en plus d’être raciste, sexiste, faussaire, voleur, criminel reconnu par les tribunaux, démagogue, misogyne, macho, millionnaire obsédé par l’appât du gain, imbu de lui-même, hypocrite, revanchard, menteur et mal peigné.

Son plus gros défaut c’est qu’il voue un culte exagéré –comme ses semblables qui le fréquentent et l’escortent – à l’ignorance sous toutes ses formes. Une seule valeur l’anime et le fait vibrer : l’argent. Pour lui, quelqu’un de riche c’est synonyme d’intelligence et de réussite sociale. Les pauvres n’ont pas de raison de survivre dans son entourage. Ils nuisent à l’enrichissement des riches.

Il se vante de savoir parler au peuple américain qui l’admire. Or, si ce peuple l’admire c’est qu’il serait inculte et aussi ignorant que lui, j’imagine. Selon sa propre logique, l’américain idéal qui vote pour lui déteste la culture et tous ceux et celles qui la défendent et la représentent. Trump doit aimer les Rocky et les films de SF qui débordent d’effets spéciaux et luttent contre les extraterrestres. Tous les autres dans le fond qui ne sont pas des américains sont des ennemis à abattre.

Il est en train de démanteler plein d’organismes qui défendent la culture et assurent la réputation intellectuelle des USA partout dans le monde. Parmi ceux-ci, le Kennedy Center de Washington. Il vient de se nommer président du CA pour pouvoir y placer ses sbires et «lutter contre la culture woke de sa programmation» a-t-il affirmé. On sait que ce centre privilégie l’apport des cultures de toutes les origines et est ouvert aux courants artistiques novateurs. Trump veut le faire chavirer dans les eaux de ses préjugés les plus rétrogrades.
Ses sorties de plus en plus fréquentes contre les universités américains ont le même objectif : faire taire les mouvements critiques qui remettent en cause sa vision de la culture et son culte de la personnalité axé sur la haine des étrangers et des peuples qui luttent pour leur survie à travers le monde. Ils rêvent d’expulser tous les étudiants étrangers qui veulent étudier aux USA. On pense ici aux Ukraniens, aux Palestiniens, aux Afro-descendants, aux Latinos.

Sa détestation se prolonge du côté de la science et de l’intelligence pure et simple. De nombreux scientifiques dans plusieurs domaines ont été mis à pied dans des organismes gouvernementaux. Des groupes de travail se voient couper leurs subventions tout simplement parce qu’ils vont à l’encontre de la vision limitée des progrès scientifiques du président inculte qui carbure aux préjugés et aux fausses nouvelles. Qui croient dur comme fer que la direction du monde et de la nature obéit aux lois du gros bon sens et de l’instinct de survie des plus forts sur les plus faibles.

Je passe trop rapidement sur sa centaine et plus de décrets dont certains imposent une nouvelle version de la géographie et du vocabulaire commun qu’on retrouvait sur les sites gouvernementaux et dans le langage commun.

Comme s’il voulait réécrire les livres scolaires lui qui rédige ses décrets comme les petites annonces dans les journaux. Toujours en gros caractères pour faire peur aux autres lettres.
Ça frôle le début de l’âge mental d’un retardé.

La semaine dernière, un cinéaste espagnol que j’admire, Pedro Almodovar, un réalisateur qu’on peut comparer à Ingmar Bergman aujourd’hui, a fait une sortie contre le président que je crois nécessaire de rappeler tant elle me semble pertinente et juste. Almodovar a fait une trentaine de longs métrages depuis le début des années 80, primés dans les plus grands festivals et reconnus par tous comme des phares de l’actualité mondiale et de la condition humaine. Un de ses plus beaux films s’intitule Parle avec elle (2002) qui raconte l’amitié de deux hommes qui aiment une femme tombée dans le coma. Mais c’est plus complexe que ça.

Enfin, c’est un récit que le cinéma du cinéaste espagnol rend bien. Il me semble un peu le fils spirituel de Luis Bunuel. Ok le prof…

Revenons à notre mouton.

Selon Variety, le journal reconnu de la profession cinématographique américaine, lors de la cérémonie du 50e Chaplin Award à New York le 28 avril, Almodovar était le récipiendaire de ce prix qui récompense «les cinéastes dont l’œuvre incarne le réalisme, la diversité et le courage qui ont distingué l’œuvre de Charles Spencer Chaplin». Le réalisateur a profité de cette soirée pour dire ce qu’il pensait du président orange mal élevé, inculte et obsédé par le pouvoir absolu. Voici ses propos (traduit sur le site du Figaro le 30 avril) qui méritent qu’on les apprenne par cœur. Surtout qu’ils sont prononcés par un cinéaste aussi conscient des malheurs de son époque que l’était le grand Chaplin.

«Monsieur Trump, c’est à vous que je parle. Et j’espère que vous entendrez ce que je vais vous dire. J’ai hésité à venir dans un pays dirigé par une autorité narcissique qui ne respecte pas les droits de l’Homme. Vous voulez masquer la réalité que nous voyons de ne propres yeux…Les migrants ne sont pas des criminels. C’est la Russie qui a envahi l’Ukraine…
Vous entrerez dans l’histoire comme la plus grande erreur de notre temps. Votre naïveté n’est comparable qu’à votre violence. Vous entrerez dans l’histoire comme l’un des plus grands dommages causés à l’humanité… Vous entrerez dans l’histoire comme une catastrophe…

Dans ma jeunesse, ayant grandi sous le régime fasciste de Franco, ces évènements ont contribué à ma formation de cinéaste. Le cinéma m’a offert une forme d’évasion. Je dédie mon prix nommé en l’honneur du grand cinéaste Chaplin aux milliers de déportés de ces dernières semaines, à l’actrice transgenre Hunter Schafer, mégendrée sur son passeport ainsi qu’à l’Université Harvard pour sa détermination à ne pas céder à la guerre de Trump contre le savoir et la culture.»

Il faudrait que tous les cinéastes du monde qui se respectent cautionnent les propos d’Almodovar dans tous les festivals pour dénoncer haut et fort la présence toxique du président actuel des États-Désunis dans nos vies. Et, demander aux citoyens américains qui croient encore aux bienfaits de la culture et du savoir de tout mettre en œuvre pour destituer ce personnage qui nous lève le cœur à chaque fois qu’il ouvre la bouche.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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