Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
L’aveu est la tentation du coupable
-Georges Bataille
Drôle de procès que celui de la mairesse de Saguenay qui vient d’être ajourné. Elle doit répondre de trois constats d’infraction émis par le directeur général des Élections du Québec (DGEQ) suite à des manœuvres électorales frauduleuses qui auraient été commises lors des dernières élections alors qu’elle était candidate à la mairie. Elle aurait promis des considérations à deux candidats et à une autre potentielle s’ils/elle lui laissaient la voie libre. Elle nie tout et de leur côté ils/elle persistent et signent.
Encore une fois, on nage en plein mélodrame local. Un témoin près de celle-ci venant témoigner en sa faveur en début de vendredi a été interpelé par un quidam. Le témoin secoué et la mairesse en pleurs ont forcé le report du procès. Les plaidoiries seront entendues le 14 mai.
Un ami de passage chez moi en provenance de l’extérieur du pays me demande de lui expliquer ce qui se passe dans cette ville qu’on appelle Saguenay, du même nom que le cours d’eau qui la silionne. Je lui réponds que je vais faire un effort pour lui mettre les pendules à l’heure mais que le temps ici s’arrête de temps en temps sans avertir personne. Que la politique municipale prend une couleur jaunâtre ou duplessienne depuis des lustres. Que, bref, voici ce que je lui réponds comme explications.
La mairesse ne cesse de répéter qu’elle nage dans un Boys’club depuis son élection en novembre 2021. Que, quoiqu’elle avance comme politique, comme projets, son entourage masculin en grande partie la boycotte. Elle n’a pas tord. L’ancien maire de la ville qui se méfiait des conseillères qui ne l’admiraient a imposé une sorte de règle d’or sur la façon de gouverner la municipalité. Les femmes se font discrètes et les hommes prennent les décisions. Elles peuvent tenir des postes – clé dans les instances mais n’ont pas à intervenir pour les positions essentielles. Le maire catholique à outrance était macho. Il ne cessait de vanter les qualités de son épouse qui l’accompagnait partout dans ses voyages d’enquêtes. On ne l’a jamais vue ouvrir la bouche pour dire quoique ce soit. Comme le maire souhait voir les conseillères qui accidentellement se pointaient le nez au conseil municipal. La seule élue qui avait le droit de s’exprimer auprès de lui c’était Marina Larouche qui buvait ses diktats et le considérait comme un saint homme.
C’est dans cette culture municipale de messieurs que la mairesse actuelle et aussi celle qui l’a précédée baigne. Les hommes ont toujours une longueur d’avance sur les femmes dans ce conseil. Les femmes patinent à n’en perdre le souffle derrière les hommes qui se laissent glisser, le ventre à l’air.
L’ancien maire catholique évacué n’a rien changé. Les habitudes demeurent.
Parmi celles-ci, se dénoncer entre eux et elles à propos de la longueur de la couverture à étendre dans les différents arrondissements. En fait, chaque conseiller et conseillère se débat pour obtenir et sauvegarder sa part et un peu plus de cette fameuse couverte disponible, du budget et des projets sur la table. Il ne semble pas y avoir une vision globale du développement municipal dans cette ville. En principe, le maire ou la mairesse devrait parler pour l’ensemble des élus mais à Saguenay ce n’est pas le cas. La mairesse parle pour elle même. Peu de conseillers semblent l’écouter et partager ses idées qui ont pourtant été discutées en comités et souvent validées. Elle arrive souvent avec un nouveau lapin dans son chapeau. La confiance de ses décisions ne règne pas. À tout moment, elle surprend son entourage à la table du conseil avec des projets sortis de nulle part. Seuls ses conseillers/amis proches sont au courant.
Bref, semaine après semaine, depuis son règne, la brume devient de plus en plus épaisse.
On se penserait en chaloupe qui prend l’eau sur la rivière Saguenay, fin octobre.
Maintenant, le procès.
Ça se serait passé lors de la dernière campagne électorale municipale en 2021. Le temps passe vite même pour ces secrets-là. La mairesse actuelle aurait promis des considérations à deux conseillers, dont un ancien ministre libéral intéressé par le poste et son organisatrice électorale (son ex-coach de vie) s’ils et elle ne se présentaient pas au poste de maire ou mairesse. Selon leurs dires, elle les a rencontrés pour les convaincre de se tenir tranquilles pendant qu’elle serait seule à convoiter la mairie. Ils n’ont pas tout de suite porté plainte à la DGEQ de la manœuvre de la mairesse parce qu’ils ignoraient l’illégalité du geste à ce moment-là. C’est l’ancienne mairesse qui a fait la démarche. Malgré le fait que la vie municipale saguenéenne soit un Boys’club, les élues finissent souvent par réagir comme les boys. Elles aiment aussi la confrontation.
De son côté, la mairesse qui voulait à tout prix se défendre et laver sa réputation lors du procès ne cesse de répéter que c’est un complot et une vengeance contre elle de la part de certains conseillers et personnes de son entourage qui veulent sa perte.
Son témoignage très attendu n’a pas eu lieu. La poursuite a rendus publics ses affidavits empêchant toute possibilité de la contre interroger. La défense doit s’en réjouir. La surchauffe du climat de ce mélodrame hors norme l’aurait sans doute fragiliser davantage en prenant la parole.
Comme dirait le conseiller/ami venu témoigner en sa faveur lors du procès, «c’est la parole de l’une contre la parole des autres». Pas d’enregistrements des conversations compromettantes, pas de vidéos, de photos explicites, rien. Qui croire dans cette histoire typique engendrée par le climat de suspicion qui perdure dans cette ville depuis vous savez qui ?
Au procès, des citoyens y ont assisté en grand nombre, plus attirés par le mélodrame sans issu du conseil municipal que par la vérité des faits. On aime ici voir les élus de la ville se déchirer pour le simple plaisir de les voir fondre au soleil des potins de dernière heure. Ils réagissaient, commentaient les témoignages de l’un et de l’autre et se demandaient sans doute pourquoi leur mélodrame ne méritait pas une place de choix dans la grille horaire des
Séries télévisées.
Quoiqu’il en soit, rien n’est encore joué. Les plaidoiries du 14 mai joueront peut-être dans la balance. Mais on n’a pas besoin d’avoir assimilé des études plus ou moins poussées en droit pour se rendre compte que ce procès mine la crédibilité de tout le monde autour du conseil municipal. La mairesse passera à l’histoire comme une personne «imprudente» qui se confie à une coach de vie qui carbure aux anges. En politique, on ne peut se permettre de trop mêler vie privée et vie publique.
De leur côté, les élus impliqués dans ce proçès ne brillent pas par leur recherche du compromis. Ils utilisent la méthode que l’ancien maire catholique privilégiait soit le recours aux tribunaux pour faire peur, menacer et imposer leur point de vue et sans doute aussi se défouler sur la place publique.
La vérité là-dedans? La confier aux juges, est-ce une bonne chose à faire? Dans ce cas précis, j’en doute. La confusion aura une fois de plus miner ce conseil municipal qui se cherche désespérément un coach de vie.
Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida
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