Les élections fédérales, un chemin de croix

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Pour qu’un écologiste soit élu, il faudrait que les arbres votent
-Coluche

Nous voilà enfin en élections fédérales enfin. Les partis de l’opposition à Ottawa la réclamaient cette élection depuis des lustres. Pourquoi la réclamaient-ils depuis ce temps-là? Parce que… ils croient que c’est leur tour de régner. Ils croient un peu comme la population qui s’intéresse de loin à la politique que Trudeau avait donné.

Vous savez comment ça marche la politique? C’est simple.

Les partis comme les politiciens s’usent. Ils finissent par être au bout de leur rouleau. Vous avec vu et entendu Gabriel Nadeau Dubois la semaine dernière? Il était à ce bout-là. Il n’avait plus le choix. La politique c’est une sorte de suicide consenti. À un moment donné, on a tout donné. On tourne en rond et on se mord la queue. Faut passer à autre chose.

Les élections changent le mâle ou la femelle de place.

Ces élections fédérales ne ressemblent pas tout à fait aux autres. Ce ne sont pas les politiciens ou les partis canadiens qui mènent le bal. C’est le président orange (Expression de Charlie-Hebdo) qui distribue les cartes. Jeudi, il a annoncé des tarifs à l’exportation des voitures vers les Etats-Unis de 25% pour le Canada, le Mexique et le reste du monde qui fabrique des chars. Il veut, dit-il, punir les pays qui s’enrichissent sur le dos de son royaume le plus généreux au monde. Il veut renverser la vapeur et faire souffrir les autres. L’empathie c’est fini, qu’ils crèvent les mal pris.

Conséquence : le Canada (et le Québec par voie de conséquence) n’a pas le choix. Les Ontariens, entre autres, vivent en grande partie avec les exportations de voitures aux USA. Le PM de l’Ontario, Dog Ford, ne dort plus depuis quelques semaines déjà. Il s’est réservé un motel en banlieue de Washington pour les quatre prochaines années. Ça va faire mal les décisions despotiques de Trump. Nos politiciens n’ont plus le choix : ils doivent dire qu’ils vont se battre pour nous contre l’ogre.

Le contexte électoral canadien a passablement changé depuis… les décrets du président orange. Trudeau a bien joué ses cartes après sa démission en glissant avec ses stratèges Mark Carney dans l’actuelle campagne. Le monsieur, économiste, banquier, ancien gouverneur de la Banque de Londres et du Canada. Évidemment, il lui manque encore quelques notions de base sur la vie culturelle et politique canadienne et québécoise. Il parle français avec un accent indéterminé. Mais si on le compare à, par exemple, le chef actuel du parti conservateur, Poildelièvre, ce dernier ne fait pas le poids. Malgré le fait qu’il veut tellement nous donner des crédits de taxes, d’impôts, des maisons pas chers, de la nourriture…

Le chef du Bloc québécois lui s’évertue depuis les débuts de la campagne à réduire Carney à un politicien opportuniste qui n’a pas la fibre québécoise. Qu’il penche de plus en plus à droite et ne respecte pas les électeurs québécois parce qu’il a refusé de participer au Face à Farce que devait diffuser le réseau TVA. Le problème à mon avis n’est pas là. Depuis quand un réseau de télé exige de ses participants à un débat électoral de payer les frais (75,000$ du parti) de l’émission? Je crois que la télé de Péladeau s’est plantée au départ en exigeant une telle somme. Ses chroniqueurs télé et du Journal ont beau crié au scandale, Mathieu-Boké Côté le premier de son appartement parisien, ce face à farce-là était piégé d’avance, malgré le fait que Carney sentait la soupe chaude. Les amis du Bloc et Blanchet- stand up comique seul à bord, gonflé à bloc sentait bien que ses sondages du début de campagne, comme ceux de Poildelièvre d’ailleurs ne correspondaient plus du tout à «ce qui se passe sur le terrain» comme disent les stratèges.

On a déjà tous oublié les pancartes électorales du Bloc posées trop tôt dans la région, le fait que les candidats libéraux n’avaient pas encore été choisis de ce côté-ci du Parc des Laurentides, que la machine conservatrice était en déroute malgré elle avec une candidate dans Jonquière qui refuse de se promener dans les rues de Kénogami les soirs de brume. Que va-t-il se passer maintenant? Comme dirait le premier statisticien du bord, «les prochains sondages vont nous le dire.»

Dommage qu’un candidat Rhinocéros venu de nulle part ne vienne tourner en ridicule -c’est à mon avis, la seule arme efficace contre le président orange – ce qui se passe à l’heure actuelle. Poildelièvre se voyait déjà premier ministre de son beau pays coast to coast. Puis, Trump l’a littéralement soufflé dans le lac Ontario.

Carney n’a jamais fait de politique. Il peut faire toutes les gaffes de sa vie, peu importe. Il impose davantage que l’autre. Les électeurs ne veulent pas voter pour un chef d’un parti politique ou même d’un premier ministre. Ils veulent une grosse police d’assurance blindée des deux bords. Ils veulent quelqu’un de très crédible, quelque chose comme un… banquier qui ne pète pas les plombs, quelque chose comme lui là qui inspire la quiétude et le contrôle sur la situation en cours. Ils veulent autre chose et l’autre chose en ce moment c’est lui.

Je me mets à la place du monde qui a peur de Trump, mais moi je ne voterai pas pour le banquier pour des raisons personnelles. Je voterais pour un candidat Rhinocéros. En passant, le docteur Ferron doit se virer dans sa tombe quand il voit ce qui se passe. Mais comme il n’y a pas de candidat rhino, je devrais voter vert.

Mais la campagne n’est pas terminée malgré le fait qu’elle s’installe drôlement. Rien n’arrive comme c’était prévu.

Dans la région, les conservateurs sont en très mauvaise posture. Le coach Martel de Chicoutimi doit être sur le point de se chercher une équipe de hockey féminine pour se refaire une carrière. Les candidats du Bloc commencent à se poser des questions eux aussi sur leur avenir. Du moins ceux qui ont déjà été élus quelques fois. Si Carney continue à mêler les cartes et à séduire la galerie, de semaine en semaine, n’importe qui qui se présente pour le parti libéral risque de remporter la mise. Il y a une vague qui se prépare. On ignore encore sa couleur et sa hauteur. Mais ça se prépare.

Les électeurs veulent résolument voter contre Trump. Mon garagiste monte un dossier contre lui. Avant, il ne m’avait jamais parlé de politique. Le nationalisme canadien pète des scores. Le nationalisme québécois se cherche encore. C’est sans doute sa destinée depuis le premier référendum.

Comme diraient les débatteurs publics qui interviennent à toutes les heures sur les chaines de télé continue depuis le début de la campagne, les prochaines semaines vont être cruciales. Dans le dictionnaire Littré, c’est écrit «crucial : qui est fait en croix». Ce qui signifie que pour plusieurs candidats, la présente campagne sera un chemin de croix.
Prions qu’ils ne souffrent pas.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


Les trois (3) dernières publications:


Merci de supporter RueMorin.com en vous abonnant à son infolettre sur la page principale du site. Autrement, nous sommes aussi sur Nextdoor, Mastodon, Qlub et Bluesky

 

1 Rétrolien / Ping

  1. Parti Conservateur du Canada – RueMorin.Com

Laisser un commentaire