CSN Saguenay-Lac-Saint-Jean

Lettre ouverte: un médecin, deux vitesses!

L’accès aux soins de santé au Québec est un enjeu de premier plan et c’est notre réseau public qui est censé en être garant. Pourtant, une pratique préoccupante met à mal cette accessibilité : le va-et-vient des médecins entre le secteur privé et le réseau public. Avec la Réforme Dubé et la création de Santé Québec, dont la Top Gun, Geneviève Biron, est à sa tête, issue elle-même des cliniques privées, nous sommes en droit de nous questionner sur ce phénomène qui fragilise le système public et exacerbe les inégalités d’accès aux soins gratuits dans des délais raisonnables.

Le réseau public est confronté à une pénurie criante de personnel et de ressources. Les listes d’attente s’allongent, les salles d’urgence débordent et les patients peinent à obtenir un rendez-vous avec un professionnel de santé. Pendant ce temps, plusieurs médecins quittent temporairement ou définitivement le réseau public pour offrir leurs services dans des cliniques privées, souvent plus lucratives et moins contraignantes. En 2009, nous avions 123 médecins généralistes hors RAMQ au Québec et ce chiffre a franchi le cap du 500 en 2024, et ce, sans compter les médecins spécialistes.

Il faut comprendre qu’au Québec, il est interdit pour un médecin de pratiquer simultanément au privé et au public. Toutefois, certains d’entre eux ont trouvé une façon d’y parvenir afin d’augmenter leurs revenus déjà substantiels. En ce sens, des médecins ont pris l’habitude de se promener entre le privé et le public plusieurs fois par année de façon systématique. Une faille dans le système leur permettre de signifier leur départ vers le privé en donnant un préavis de seulement 30 jours à la RAMQ. Par la suite, ils peuvent redevenir participants au régime public en moins de 10 jours.

En tant qu’organisation syndicale qui lutte pour la justice sociale et l’accès gratuit à des services publics, nous déplorons cette pratique qui est contreproductive. Une frange de médecins entrepreneurs va sans impunité se faire une clientèle à même notre système public. Il n’est pas rare que certains médecins spécialistes offrent à leurs patients de venir se faire opérer à leur clinique privée en expliquant qu’ils éviteraient les listes d’attente interminables du système public. Nous faisons carrément face à de l’autoréférence. Pour faire simple, il s’agit du fait qu’un professionnel de la santé se réfère à lui-même des patients moyennant une somme d’argent en échange d’un service plus rapide. Il va sans dire que cette façon de faire est très douteuse sur le plan éthique considérant qu’ils le font à même notre système universel, qu’ils discriminent les patients en fonction de leurs moyens financiers et que ces mêmes médecins sont en partie responsables de l’allongement des listes d’attente en cessant de pratiquer au public périodiquement. Nous y sommes donc, la santé est devenue «une business» au Québec à laquelle la vitesse de traitement sera liée à la profondeur de nos poches. Le plus triste est que ce phénomène se déroule à même nos établissements de santé.

Malheureusement, certaines personnes veulent minimiser la médecine privée en affirmant que cela représente seulement 3.5% des médecins québécois. Tout d’abord comme cité précédemment, ce phénomène est en croissance. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, nous faisons également face au va-et-vient de certains médecins. Dans la dernière année, 7 médecins de la région ont fait des allers-retours entre le privé et le public pendant qu’il y avait 23 183 demandes en attente au Guichet d’accès à la première ligne et 542 patients en attente d’une consultation en chirurgie, dont 16% étaient hors délais. De plus, la migration des médecins vers le privé draine également du personnel de la santé vers les cliniques privées, ce qui ralentit également notre système public. Enfin, on peut penser que cette pratique crée une injustice où l’on ne priorise plus la condition médicale, mais bien les moyens financiers, car le médecin en pratique privé est libre de prodiguer des soins pour ce qui est rentable au détriment de ce qui est urgent et complexe.

Le Conseil Central du Saguenay–Lac-Saint-Jean et la CSN proposent un plan d’urgence pour stopper l’hémorragie :

  • Mettre fin à l’exode des médecins vers le secteur privé ;
  • Cesser d’octroyer des permis de cliniques privées à but lucratif ;
  • Décréter un moratoire sur tous les projets de privatisation du travail et des tâches effectués par le personnel du réseau public.

Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable, le gouvernement est en train de privatiser notre système de santé sous nos yeux. Allons-nous accepter une dérive vers un modèle où l’accès à la santé devient un privilège plutôt qu’un droit? Rappelons-nous que derrière chaque statistique, chaque liste d’attente, il y a une vie humaine. Pour nous, il n’y aura pas de profit sur la maladie!


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