Poil de lièvre qui se court après

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

La politique c’est un instrument de conditionnement collectif
-Albert Einstein

On efface tout et on recommence. La politique est un peu beaucoup comme ça. On dirait du linge qu’on est tanné de porter. On vide sa garde-robe et on la renouvelle. Faut suivre la mode, même en politique. Surtout en politique. Et à l’heure actuelle, la mode c’est du trump. On trouve tous les défauts du monde pour flusher celui ou celle qui détient le pouvoir depuis des années. On oublie ses bons coups pour n’éclairer que ses mauvais. On a souvent envie de le remplacer par n’importe qui. C’est ce qu’on appelle le besoin absolu, urgent de changement envers et contre tout. Faut suivre le courant, la mode T.

En ce moment, dans notre beau pays d’un océan à l’autre, le chef du parti conservateur fédéral, Poil de lièvre (ça se dit mieux que son vrai nom et la bête en question lui ressemble un peu côté comportement) court après la job de premier ministre du Canada qu’il veut absolument. Il réclame à grands cris des élections coûte que coûte depuis des mois, appuyé parfois par les deux autres partis en chambre qui mesurent leurs propres intérêts selon la conjoncture et la direction du vent. C’est pathétique de les voir espérer des élections à tout prix pour s’assurer une meilleure place au soleil fédéral. Les sondages, les uns après les autres (C’est ça le vent) le confirment. Un premier ministre canadien n’a jamais été si bas dans les sondages. Il s’en ai rendu compte récemment en donnant sa démission tout se gardant une petite marge de manœuvre pour compromettre Poil de lièvre au fil d’arrivée ou de départ absolu. Douce vengeance au cœur du sauvage…On sait à quoi servent les sondages, à oublier de réfléchir comme électeur ou citoyen plus ou moins responsable. À préparer le terrain pour distribuer les cartes une fois de plus. À appâter le citoyen qui regarde de trop loin la scène politique.

Poil de lièvre se pense déjà, depuis quelques semaines, premier ministre du Canada d’un océan à l’autre. Il ne cesse de se déplacer même en région sensible comme ici pour assurer les votes de ses candidats et candidates en danger. Ici, ils le sont tous. Les acquis du parti conservateur son minces. Mais, ne présumons de rien. Poil de lièvre pourrait nous surprendre tant est manifeste ce besoin de changement politique.

Lors de sa dernière visite ici, la fin de semaine dernière, le chef du parti conservateur en a sorti quelques bonnes en jouant du violon populiste. Assez pour nous casser les tympans et nous faire passer pour des fredcaillous.

Des animateurs de radio populiste résolument à droite du cadran politique depuis des lustres ont même eu un début «d’érlections» comme disait Harper en l’entendant parler. Ils se sont retrouvés dans ce politicien axé sur ce qu’ils répètent continuellement dans leurs propos de consommateurs compulsifs. Que le temps passe vite et nous ramène les mêmes clowns obsédés par la production de la richesse à tout prix et du plaisir absolu de laisser les choses aller comme elles sont déjà.

Lors de ce passage remarqué, il en a profité pour mousser la candidate parachutée dans le comté de Jonquière, Fanny Boulanger. Elle fait partie de son équipe parlementaire à Ottawa. Elle a jadis travaillé un certain temps avec Richard Martel, le coach-député de Chicoutimi. C’est elle qui a avoué récemment «avoir peur de se promener le soir à Kénogami… » pour entretenir sans doute la nécessité de miser sur le besoin de sécurité d’une certaine franche de la population. Elle a tout de même étudié au moment au cégep de Jonquière, comme plein de politiciens fédéralistes à la recherche d’une seconde langue. Mais j’imagine que son porte à porte à Kénogami sera difficile durant sa campagne prochaine.

Revenons à la visite de Poil de lièvre.

Le futur premier ministre s’est payé un bain de foule , que dis-je-un lac, une baie populiste sans égal lors de sa visite.

Bain tellement réducteur que les électeurs de la région ont été condensés à leur plus simple expression.

On ne l’a pas vu assister à un vernissage au centre Bang à Chicoutimi ou à une promenade en ski de fonds ou en raquettes au Norvégien. Ou encore à un spectacle de chansonnier au Côté cour. Ou à une rencontre avec des groupes populaires en quête de logements abordables.

Non, son entourage l’a plutôt dirigé vers les motoneigistes du Lac qui attendent encore les bordées de neige, les amateurs hockey viril qui se défoulent le vendredi soir aux Marquis de Jonquière, les amateurs de pêche blanche à la Baie qui mesurent l’épaisseur de la glace d’heure en heure en se gelant le cul dans une petite tente, les militaires de la base militaire de Bagotville qui espèrent des bonus pour nous défendre contre les Chinois et les Russes qui veulent nous voler notre Grand Nord, les chausseurs qui veulent abolir C-21 qui ne leur permet plus de se monter une collection d’armes à feu pour chasser les lièvres, les actionnaires de RioTinto qui rêvent de voir réduire leur impôt et leurs taxes municipales et les politiciens locaux – autant au provincial qu’au municipal – qui se tenaient, il semble, à la file indienne pour obtenir une audience auprès du futur pm canadien lors de l’inauguration de la pêche blanche à la Baie, le samedi soir.

À la limite on peut les comparer aux ministres et politiciens canadiens qui veulent rencontrer Trump le plus rapidement possible avant qu’il entre en poste pour le prier à quatre pattes de les épargner.

Pour Poil de lièvre, le saguenéen moyen et le jeannois aussi n’ont que des désirs de base à l’image de son gros bon sens soit payer moins d’impôt, mois de taxes, des frais d’essence mois chers, des skidoos et des pick up subventionnés, une armée plus forte, des polices à tous les coins de rue dans des quartiers sensibles comme Kénogami par exemple, des armes à feu au besoin pour se défendre comme l’avenir et des jobs à profusion avec la relance de GNL Québec.

C’est un futur premier ministre qui promet. Pour se faire élire et pour faire élire ses candidats il est prêt à tout nous donner ce qu’on ne veut pas nécessairement. Quand on lui demande comment réagira-t-il devant les menaces de Trump de nous imposer des tarifs douaniers hors du commun, il répond, «nous allons rétorquer par une armée plus forte qui nous défendra contre la Chine et la Russie».

On est à deux pas du service militaire obligatoire pour sauver nos montagnes rocheuses.

À la limite il menace de taxer le jus d’orange. Mais refuse de fermer le robinet du pétrole pour assécher les limousines américaines.

Trump doit se réjouir de devoir négocier avec un pareil enfant d’école encore plus réactionnaire que lui et son entourage.

À la prochaine visite de Poil de lièvre dans la région, il devrait se permettre une partie de chasse aux lièvres avec les militants régionaux de pro armes. Le gros bon sens semble le commander.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge de la région


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