Le culte des Canadiens, l’équipe de hockey

Chronique de Monsieur Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

Le hockey sur glace est un curieux mélange de glisse acrobatique et de Seconde Guerre Mondiale
– Alfred Hitchcock

J’ai déjà été fanatique de l’équipe de hockey les Canadiens de Montréal. Je suis allé les voir jouer à l’ancien forum sur la Sainte-Catherine, dans l’ouest. Juste à côté du cégep Dawson. Ça fait longtemps. À ce moment-là, l’équipe en question perdait rarement. Quand elle ne gagnait pas c’est parce que la partie était remise à cause d’une tempête de neige.

Les temps ont bien changé…maintenant, quand Canadien perd c’est normal. Ils perdent continuellement depuis des années devant des équipes canadiennes et américaines animées par des jeunes joueurs québécois pleins de talent repêchés par d’autres formations plus allumées que celle de Montréal.

Je n’arrive pas à croire pourquoi les «amateurs» du Canadien ne tirent pas une fois pour toute la plogue. Cette équipe-là croupit dans la cave de la NHL depuis des décennies. C’est une équipe qui ne va nulle part et persiste à y aller avec générosité. Elle est en perpétuelle reconstruction un peu comme l’équipe de hockey junior de Chicoutimi. Mais sur elle, on y reviendra un jour tant le sujet me semble politique. D’autant plus que la ville elle-même la finance et en est la gardienne envers et contre tout.

Je me mets à penser aux commentaires des animateurs de radio de la région qui sont pour la plupart des anciens chroniqueurs sportifs, du moins ceux et non pas celles du matin. Ces animateurs-là sont gagnés à la cause du hockey professionnel pourtant en déclin de plus en plus. Ils continuent en chœur à chanter les louanges du Tricolore de Montréal, année après année, tout en oubliant de signaler au départ que cette équipe ne va nulle part et ne cesse de perdre tous ces matchs depuis la nuit des temps. Ils sont complices d’une organisation de broche à foin qui exploite la naïveté des «amateurs» de hockey endormis par les chroniqueurs sportifs gagné à la cause du Canadien pour la simple raison qu’ils ne connaissent rien d’autre que ce sport en déclin pour vibrer soir et matin.

La plupart des animateurs de radio d’ici, du secteur privé, public et communautaire sont gagnés à la cause canadienne, j’entends par là qu’ils et elles louangent tous en chœur cette équipe qui un temps s’est confondue avec la montée du nationalisme québécois. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais tous ces animateurs de radio continuent d’entretenir la flamme éteinte depuis des décennies. C’est facile. Ils n’ont pas besoin de chercher ailleurs les autres centres d’intérêt sportif. Ils radotent ce qu’ils entendent autour d’eux dans ce milieu figé.

Il existe encore des voyages organisés par des entreprises locales pour aller voir jouer les Canadiens au centre Bell aller-retour en bus dans la même journée. Ça coûte quelques centaines de $$ pour s’y rendre, manger pas loin de la patinoire, s’asseoir pas trop loin de la glace et revenir tard le soir. Des voyages spontanés sans doute assez épuisants qui enrichissent encore davantage une organisation contrôlée par la famille Molson depuis 2003. Actuellement l’équipe que vous adorez malgré ses pauvres performances sur la glace est évaluée à 2,9 milliards $. La troisième plus riche équipe de la NHL. L’an dernier, le Tricolore a engrangé 300 millions$ de profits. Imaginez si elle se mettait à gagner des parties et des coupes Stanley… au centre Bell, le verre de bière minuscule est à 20$…

Mais ce n’est pas grave, le Canadien perd encore et continue malgré tout de vendre ses billets d’entrée les plus chers de la ligue. Allez y comprendre quelque chose. Les Québécois aiment le hockey envers et contre tous les revers possibles. Ils acceptent que tous ces joueurs «vedettes» de leur équipe continuent de gagner des millions $ par année et surtout ne daignent même pas apprendre la langue des autochtones qui payent leur salaire démesuré par rapport aux efforts qu’ils déploient. C’est pour toutes ces raisons et d’autres aussi que je trouve de plus en plus exagéré ce culte de la Sainte Flanelle comme les appelle notre beau Réjean Tremblay du haut de son condo floridien. Ce même Réjean devenu très critique face à son équipe préférée qu’il a encensée pendant quelques décennies, le temps de se faire une pension à la Presse et au Journal de Montréal.

Maintenant les explications pour justifier cet engouement indéfectible des amateurs d’ici pour leur équipe de hockey professionnel qui croupit dans la cale (Et la cave) depuis des lustres? Il y a un peu de masochisme là-dedans comme dans beaucoup de projets collectifs qui nous concernent, nous le pays sans pays, la nation sans attache, le territoire non américain. Les amateurs du Canadien sont résignés. Ils savent que leur équipe rate ses bons coups plus souvent qu’à son tour. Ils mettent la faute en grande partie sur leur entraineur qui ne semble jamais être à la hauteur de la tâche. Nous n’avons jamais le bon coach au bon moment. En plus, les blessures nous sont la plupart du temps fatales dans les moments clé. Comme on disait dans le temps, la puck ne roule vraiment pas pour nous, surtout lors des matchs importants qui décident si oui ou non on ira en finales.

Toutes les raisons sont bonnes pour justifier la piètre performance du Tricolore, année après année.

Beaucoup de parents rêvent encore de voir leurs gars qui jouent au hockey depuis l’âge de 5 ans aboutir dans une équipe professionnelle et peut-être gagner le jack pot comme peu de jeunes juniors d’ici. Ils y rêvent encore. Ainsi ils investissent dans la future carrière de leurs gars. Ils prennent la chose au sérieux. Ils en rêvent sûrement la nuit. Ils y croient dur comme fer. Ils sont juste assez naïfs pour y consacrer les bonnes années de leur vie en famille. À toutes les fins de semaine, ils roulent des kilomètres partout au Québec et ailleurs pour participer à des tournois de hockey mineur et dormir dans les motels à 6 par chambre. Ils sont gonflés par le talent de leurs flos, leurs coups de patins prodigieux et le gabarit du ti-gars de 14 ans qui mesure déjà 6 pieds et 2.

Ce sont ces parents-là, ce monde-là qui ne décroche pas du hockey au lieu de virer foot ou basketball. C’est leur vie et ils y croient. Pour eux il n’y a que le hockey qui compte. Les Canadiens les gardent en vie et les rassurent.

Ça leur coûte une petite fortune pour entrainer leurs flos jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’ils n’en feront pas une carrière. Mais en attendant, ils y croient. Comme ils croient que le Canadien est la meilleure équipe de la NHL… sur papier. Les chroniqueurs du Journal de Montréal et de La Presse l’affirment. L’an prochain, au repêchage, ils mettront la main sur la meilleure recrue. Comme cette année.

On appelle ça «rêver en couleurs», bleu, blanc et rouge, celles des Canadiens évidemment.

Ça nous ressemble un peu comme collectivité à la recherche d’elle-même, vous ne croyez pas?

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida


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