Chronique de Monsieur Emmanuel Trotobas
Et si l’on regardait ce qui se passe au-delà de notre possible petit bonheur ramassé ?
De petits riens nous consolent et cela peut faire des baumes au cœur. On peut être inquiet de ce qui passe dans le monde. On peut se dire obligé, par un devoir de citoyen conscient, de s’informer, mais aussi de prendre du recul pour sa propre santé (mentale). Le seul fait de continuellement s’abreuver de nouvelles qui sont, il faut le reconnaître, plutôt négatives, répétitives, engendre des malaises inconscients. Les pensées sont entraînées à s’emballer, réagir au flot, participer à un flot de pensées collectives, adhérer à des comportements réactifs, de jugement, d’analyse, de spéculation. Il faut se reposer aussi. Exercer sa pensée critique nécessite cet espace.
Mais j’en reviens à ce questionnement sur la situation géopolitique mondiale.
La voix des citoyens lambdas, aussi petite soit-elle, a son importance.
Des groupes aussi. En prenant du recul pour voir ce qu’il y a de commun dans les différents pays traversant des crises socio-politiques, menaçant d’autres pays par des idéologies, je vois le partage du pouvoir, le peu de place et de reconnaissance de droit des femmes – en notant spécifiquement la remise en cause du droit à l’avortement – même en Italie gouvernée par une femme. Aussi, on peut noter le peu de place pour la remise en question du système idéologique et économique. On peut rapidement penser aux personnes et systèmes autoritaires des régimes de Corée du Nord, de Russie, de Chine, mais aussi du parti républicain aux États-Unis, des partis d’extrême-droite en Europe dont le RN en France mais aussi du parti présidentiel. Le ministre de l’Économie de ce dernier mettait en avant que le programme du parti du Front des gauches mettrait l’économie à mal, qu’elle était dans le champ, opposé au système. Évidemment, ce programme ne va pas dans le sens d’une économie capitalistique, d’une écologie moderne, greenwashée, mais laisse entrevoir d’autres sortes de systèmes économiques où la redistribution du pouvoir et des richesses serait plus harmonieuse. C’est ce que j’en ai aperçu.
Ce ministre avance avec ces mots dénigrant tout alternative. « Ils sont en dehors de l’économie, refusent… ». Non, ils ne refusent pas les échanges. Ils refusent la façon de les faire, de les voir. Il y a d’autres sortes d’économie. Dont l’économie sociale et solidaire, bien connue au Québec.
Ce n’est pas réservé aux pauvres. Et vu la situation actuelle, on peut se demander qui est pauvre, qui est riche. Et ce que cela entraîne.
Vous voyez, il suffit d’un mot, d’une tournure de phrase pour que le dialogue soit dévié, pour qu’un message soit tourné en faveur d’un groupe, en défaveur d’un autre.
Et ainsi va la polarisation, hélas.
Polarisation qui rime avec pensée binaire et ce genre de choses, de présupposés, sans oublier les biais liés aux communications qui vont dans ces sens-là. Il y a peut-être ici aussi. À vous de voir.
Tout ceci dans une société qui se veut démocratique, pluraliste. On s’attendrait à des ouvertures au dialogue. Des mécanismes de partisaneries semblent faciles à enclencher. Être d’un camp et non d’un autre, être avec nous ou trahir, respecter une ligne de parti, se démarquer, et c’est encore pire aux États-Unis, il me semble, où deux camps prennent la majorité du temps de discours, le plus grand pourcentage de place, avec cette opposition entre ces deux termes : démocrates et républicains, deux termes qui sont recouvrent tellement de réalités.
Les gens manqueraient de littéracie. Heureusement qu’on n’a pas déballer nos discours sur le contexte postmigratoire, ce qui entoure le postcolonialisme, le post-identitaire, le décolonialisme, la géocritique et j’en passe.
Et les mêmes schémas continuent de se propager. Une certaine idée de la gauche, de la droite, de ce qu’il faut faire pour payer ses factures, pour correspondre aux stéréotypes.
À la télévision, il est encore possible de voir cet encouragement à toujours gagner du temps (selon l’assureur Sonnet, publicité qui m’horripile, parmi d’autres), Toyota invite à arrêter de rêver, et de passer à l’action, plusieurs vendeurs de gros véhicules invitent ainsi à l’aventure par le biais de ces machines. Comme si on ne pouvait pas s’en passer pour éprouver des sentiments d’exaltation, de découverte, d’aventure, de dépassement…
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